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Demain c’est bien

Cet article n'est pas issu du magazine Society.
Il est exclusivement réservé à society-magazine.fr.
Le 25 mars avait lieu la journée mondiale de la Procrastination. Et comme on enjambe tous les matins les cinq poubelles que l'on doit descendre pour pouvoir sortir de notre appartement, quelque part, c'était aussi un peu notre fête.
Demain.
Demain.

Ça fait cinq jours que, toutes les heures, notre MacBook nous propose de faire la mise à jour de sécurité OS X et que, toutes les heures, on clique sur “Essayer dans une heure”.

La dernière fois qu’on a fait des abdos, c’est quand on en avait.

On connaît par cœur la grille de diffusion de W9 parce qu’il n’y a plus de piles dans la télécommande.

On se couche régulièrement vers 4h par flemme de se lever du canapé pour aller dans notre lit.

On a déjà renoncé plusieurs fois à commander une pizza parce qu’il fallait remplir un formulaire avec nos coordonnées.

Nos enfants s’appellent Alphonse, Aristide et Abigaïl parce qu’on n’est pas allé(e) jusqu’à la lettre B du Guide des prénoms.

On paye nos billets de train au tarif maximum.

On remercie l’inventeur des Petits Coraya de nous permettre de bouffer de la mayo même quand toutes les cuillères sont sales.

On est devenu(e) gothique pour avoir une raison de ne pas lancer une machine de blanc.

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Pas aujourd’hui.

On avait prévu de reprendre notre vie en main, mais ça pourra bien attendre un peu.

On n’a pas du tout été choqué(e) par la “phobie administrative” de Thomas Thévenoud.

On a 28 brouillons de mails pas terminés.

Notre bureau de vote est à 800 kilomètres de chez nous mais on n’a jamais pensé à effectuer le changement d’adresse. Ça ferait trop de peine à nos parents de ne plus nous avoir à déjeuner les dimanches d’élection.

On a encore une adresse mail Wanadoo.

On tombe régulièrement sur cette layette qu’on avait achetée pour la fille de notre meilleur ami qui a aujourd’hui 6 ans.

Il y a plein de livres qu’on adorerait avoir lus. Ils sont tous sur notre table de nuit.

Demain, on peut pas, on doit fignoler une rédaction qu’on aurait dû rendre en 5e.

On a déjà annulé un rendez-vous à 20h parce qu’il était 18h54 et qu’on avait encore notre manteau à mettre et tout.

On a dix ans de retard sur nos vaccins. En même temps, quelle est la probabilité de mourir du tétanos en 2015?

On doit changer l’ampoule des toilettes depuis trois semaines, mais comme on a appris à uriner dans le noir, on ne voit plus trop l’urgence.

Il faudrait qu’on l’ouvre, peut-être, cette lettre des impôts. Si ça trouve, on est imposable.

Bref
« Bref. Je remets tout à demain. »

On défait nos lacets après avoir enlevé nos chaussures.

Parfois, on dort même habillé(e).

Parfois, on dort même habillé(e) avec la lumière allumée.

Parfois, on dort même habillé(e) avec la lumière allumée et la fenêtre ouverte.

La mode du no-poo et de la barbe de trois jours, c’est quand même bien pratique.

On connaît par cœur les paroles de Demain c’est loin.

Hier encore, on a laissé notre smartphone s’éteindre en plein texto parce que le chargeur était branché dans la cuisine.

Il faudrait qu’on pense à répondre à cette princesse nigérienne qui a sollicité notre aide par mail en 2013.

On a acheté au moins un milliard de quotidiens qu’on a pensé à lire trois jours après, donc qu’on n’a pas lus.

On télécharge illégalement les films qu’on aimerait voir au cinéma.

On fait bien la distinction entre se réveiller et se lever.

On a emménagé il y a deux mois et c’est toujours le nom de l’ancien locataire, M. Gallois, qui est noté à côté de la sonnette. On dit à nos invités: “Il faut sonner à Gallois.”

chips
SAVOUREUX. CHIPS DE OMMES DE TERRE.

C’est vraiment dommage que mamie soit morte. On avait enfin prévu de l’appeler.

On n’est pas éjaculateur précoce.

Notre passeport est périmé depuis six mois, mais on trouve toujours une bonne excuse pour ne pas aller à la mairie, en bas de chez nous. Et puis, c’est quand même sympa les vacances à Valras-Plage.

On fait croire à tout le monde qu’on préfère travailler la nuit, sous pression, dans l’urgence.

Darling, faisons l’amour demain.

Comment ça y a pas de messe du dimanche le lundi?

On mangeait toujours au deuxième service à la cantine.

On sait qu’on est le 20, on sait que c’est l’anniversaire de notre sœur mais on l’appellera quand même à minuit quinze en disant: “Oh là là! Tu me connais, j’ai pas la mémoire des dates.”

On sort du bain quand l’eau est plus froide que l’air.

On appelle notre mère le vendredi pour lui dire qu’on est bien rentré(e) le mardi soir.

focus
“Pourquoi tu ne te concentres pas sur quelque chose de productif?”

On n’a jamais compris le slogan Nike.

On arrive même à rater les soldes.

On s’est fait spoiler toutes les séries.

On mange sur nos genoux. La table basse est prise par les trucs qui devraient être sur la table du salon qui est prise par les trucs qui devraient être dans les tiroirs du bureau.

On part tard du boulot. Et ce n’est pas par excès de zèle. Le boss n’est plus là de toute façon.

On a déjà payé 300 euros de majoration qu’on aurait pu éviter en achetant un timbre à 68 centimes.

Notre tringle à rideaux est posée au pied de la fenêtre.

On n’a jamais eu l’appendicite. On fera une péritonite direct, quand on aura le temps.

Le taux d’abstention, c’est nous.

Par Alexandre Pedro, Noémie Pennacino et Michaël Simsolo