Flashback

Des nouvelles de… Tom de Myspace

Cet article n'est pas issu du magazine Society.
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Les héros post-bug de l'an 2000 n'ont pas tous eu la chance de surfer sur la vie et le succès comme Claude le voyant. La preuve par Tom.
Tom Anderson, homme à capuche
Tom Anderson, homme à capuche

Il a été l’ami par défaut de 220 millions d’utilisateurs au milieu des années 00. Tom Anderson, c’était “Tom”, ce type de profil au t-shirt blanc et au sourire un peu couillon qui souhaitait la bienvenue sur le premier réseau social de masse, Myspace. Et puis Tom et son partenaire Chris DeWolfe ont vendu –sans quitter le navire– leur création à Rupert Murdoch pour 580 millions de dollars en 2005. Pas vraiment la meilleure inspiration du magnat australien.

J’ai essayé tout un tas d’activités créatives, mais j’ai lutté pendant des années
Tom Anderson, créateur de MySpace

Quatre ans plus tard, Facebook ringardise Myspace, ses “adds” et ses pages d’accueil déconseillées aux épileptiques. C’est ce moment-là que Tom choisit pour claquer la porte et reprendre sa liberté. Alors que, dans la foulée, un nouveau T.O.M.  (un acronyme pour Today on Myspace) le remplace comme nouvel ami d’office, Anderson préfère, à 38 ans, “profiter des joies de la retraite”, comme il l’indique dans son statut d’accueil sur Twitter. Pendant que son ancien rival Mark Zuckerberg (avec qui il est ami sur Facebook) devient le plus riche milliardaire de la planète, Tom cherche, lui, un sens à sa vie.

Hacker recherché par le FBI à 14 ans, chanteur-guitariste d’un groupe emo à l’université, Anderson saute d’une obsession à l’autre et refuse qu’on le catalogue, qu’on le range dans une case. “Si vous m’aviez connu avant Myspace, vous auriez pu penser que j’allais passer ma vie à enseigner la philosophie”, explique l’ancien étudiant en rhétorique. Il est en persuadé, il est un “être créatif”. Reste à savoir dans quel domaine.

Plongée dans l’océan artistique

Le déclic arrive au milieu du désert du Nevada lors du festival Burning Man, en 2011. Pour profiter de cette expérience mi-mystique, mi-psychotique avec son ami photographe Trey Ratcliff, Tom Anderson achète un Nikon D7000. Quand il découvre ses premiers clichés, Anderson s’avoue “soufflé”, ce qu’il juge “inhabituel” pour lui. “J’ai essayé tout un tas d’activités créatives, mais j’ai lutté pendant des années sans être heureux du résultat”, raconte-il à Petapixel, un site spécialisé dans la photographie. Dès lors, il consacre tout son inépuisable temps libre à sa nouvelle vocation. De la Grande Muraille de Chine au Grand Cayon, le nouveau photographe aime capter les grands espaces, lui, assimilable à jamais à un portrait timbre-poste pixellisé. “Je n’essaye pas de représenter fidèlement la nature. Je cherche plutôt à construire quelque chose de beau comme un peintre le ferait.” Des tableaux où les humains sont souvent absents. “Ce n’est pas voulu, je suis un peu trop timide pour demander aux gens si je peux les photographier”, justifie-t-il. Ou trop maladroit. Il a peut-être été le précurseur de l’amitié virtuelle, Tom ne sait pas toujours parler à son prochain. En novembre 2012, il fustige les nouvelles conditions d’utilisation sur Instagram. Un certain Polo Tapia trouve la remarque mal placée “de la part d’une personne n’ayant pas réussi à maintenir son réseau social en vie”. Anderson réplique en moins de 140 signes “de la part du mec qui a vendu Myspace en 2005 pour 580 millions de dollars, alors que (lui bosse) comme un esclave”. Tom Anderson a passé l’âge de se faire des amis.

Par Alexandre Pedro
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