PORTRAIT

Docteur Monboul

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Vingt ans avant Anaconda de Nicki Minaj, Raul Gonzalez révolutionnait les fesses. Depuis, ce chirurgien a permis à des milliers de femmes d’obtenir celles de leurs rêves.

L’histoire en a vu passer des révolutionnaires. Et pour chacun d’entre eux, elle a réservé un jour qui n’a souvent de particulier que d’avoir changé leur vie, et par la même occasion la face du monde. Le jour de Raul Gonzalez commence comme tous les autres depuis que ce jeune docteur en chirurgie plastique a été titularisé. Les années 80 battent leur plein, il fait beau à Ribeirao Preto, au Brésil. Dans sa clinique, il enfile une blouse blanche par-dessus sa chemise bleu ciel laissant apercevoir la chaîne en or massif gravée d’un grand “R” qu’il porte autour du cou. Puis il va retrouver sa patiente, loin de s’attendre à ce qui l’amène : elle souhaite qu’il utilise sa technique de lipofilling, alors à ses balbutiements, pour faire gonfler ses fesses. Un vœu atypique, mais que Raul Gonzalez exauce avec talent. “J’ai été le premier à le faire, et les résultats étaient très convaincants !” assure celui qui est aujourd’hui devenu un chirurgien aguerri, avec “une expérience qu’il est difficile d’égaler comptant plus de 2 000 opérations pour des

Dans les années 80, au Brésil, on fabriquait moins de 200 implants fessiers par an. En 2015, près de 26 000 patients ont été opérés
Raul Gonzalez

implants, 7 000 lipofillings (injection de sa propre graisse dans une autre partie du corps, ndlr) et environ 14 000 liposuccions”. 

Son combat contre les culs plats commence alors. Et prend de plus en plus de place dans sa carrière, tant les demandes se multiplient. Problème : “Elles [sont] de plus en plus exigeantes. Mais le lipofilling, ce n’est pas possible pour tout le monde. Une jeune fille très mince n’aura pas assez de graisse à prélever, par exemple. Et ça ne donne pas toujours un résultat parfait lorsqu’on a les fesses très plates de nature.” Raul Gonzalez planche sur un système qui mettrait K.O. les derrières aplatis : l’implant fessier. Celui-ci est déjà utilisé depuis la fin des années 60, mais avec des résultats limités. Pour le chirurgien, le défaut vient de l’endroit où est placé la prothèse : entre la peau et le muscle grand-fessier. “Ça rendait la forme du postérieur exagérée, le volume ne se situait que dans la partie basse et l’implant risquait de se déplacer”, décrit-il en mimant avec de grands gestes une fesse tombante. Penché sur des dizaines de cadavres allongés sur le ventre, il étudie à fond la région anatomique pour trouver la solution. Avant d’arriver, en 1996, à sa conclusion : l’implant doit se placer derrière le muscle grand-fessier. “La prothèse doit être mise exactement comme un sandwich pour ne pas bouger à la moindre contraction du muscle”, explique-t-il.
Rapidement, partage ses avancées dans des revues médicales, en parle dans des congrès dédiés à la profession. Et il ne laisse pas le reste du monde indifférent. Il est interviewé par des magazines reconnus tels Marie Claire ou Paris Match, passe à la télévision…

Naissance d’une industrie

“Au Brésil, les demandes de modifications corporelles sont très courantes. Avec la plage à proximité, où l’on montre beaucoup plus son corps qu’en France.” Mais c’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour la fesse, à l’international. Raul Gonzalez diffuse sa recette pour obtenir un cul de rêve aux quatre coins du monde et la résume en 2007 dans un livre, Buttocks Reshaping –traduit en cinq langues depuis–, destiné aux chirurgiens plastiques. Et ses innovations vont littéralement bouleverser le petit univers des implants fessiers. “Dans les années 80, au Brésil, on fabriquait moins de 200 implants du genre par an, dont la moitié étaient utilisés par moi-même, se souvient-il. Puis, dans les années 90, on est passé à un millier de

Le lipofilling, ce n’est pas possible pour tout le monde. Une jeune fille très mince n’aura pas assez de graisse à prélever, par exemple. Et ça ne donne pas toujours un résultat parfait lorsqu’on a les fesses très plates de nature
Raul Gonzalez

prothèses. La publication de mes recherches dans les années 2000 a fait tripler la demande et on a atteint 3 000 prothèses vendues par an. En 2015, selon les dernières statistiques, près de 26 000 patients ont été opérés !” Grâce à la technique du chirurgien, 10% des prothèses utilisées au Brésil le sont pour des implants fessiers.

Le business de Raul Gonzalez explose, et les poches arrière des jeans avec. Des patientes accourent du monde entier, sur recommandation d’autres chirurgiens plastiques, conscients de son savoir-faire. Aujourd’hui, deux profils se partagent son billard : les quinquagénaires regrettant les fesses de leur jeunesse et des filles dans la vingtaine complexées par leur manque de formes. Parmi elles, des célébrités. Mannequins italiens, actrices américaines… “mes patientes sont souvent de grandes stars des médias”, glisse doucement Raul, tenu au secret médical. À 60 ans, il a vu défiler des milliers de culs trop mous, trop plats, trop gros, pas assez cambrés, manquant de galbe… Mais le chirurgien en redemande encore. “Les fesses contribuent à la beauté du corps de la femme. Elles définissent la ceinture, la courbe, la cambrure, les cuisses. Un ensemble très agréable à regarder se balancer sensuellement, de droite à gauche”, imagine-t-il, tout en déplaçant lascivement la main dans un éternel mouvement de balancier. Un ensemble qui prend de plus en plus de place, en tout cas.

Par Jeanne Massé


Ils s'appellent Amélie Borgne, Marie-Sarah Bouleau, Julie Cateau, Théo du Couedic, Jéromine Doux, Colin Henry, Janne Masse, Charlotte Mispoulet, Maxime Recoquillé, Florent Reyne, Martin Vien et Lucile Vivat, ils sont étudiants en contrat de professionnalisation au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) et, pendant quinze jours de juin 2017, ils ont travaillé sur un journal d'application en partenariat avec Society.
Ont éclos 24 articles sur le thème – bien moins futile qu'il n'y paraît – de l'apparence, qui seront publiés au fil de l'été sur society-magazine.fr. Celui-ci en fait partie.