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Jean-Marc Mormeck : “L’argent ne peut plus pourrir ce combat. C’est déjà fait”

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Plus que quelques heures avant ce qui se présente comme “le combat du siècle” entre Floyd Mayweather et Manny Pacquiao, à Las Vegas. Fer de lance du noble art hexagonal durant les années 2000, Jean-Marc Mormeck sera bien sûr au rendez-vous. Et il a forcément un avis sur la place de ce combat dans l'histoire de la boxe.
Jean Marc Mormeck est sur le toit.
Jean Marc Mormeck est sur le toit.

On entend partout l’expression “combat du siècle”. C’est justifié, selon toi ?

Non, ce n’est pas le combat du siècle. Déjà, on verra une fois que ce sera terminé. C’est un combat qui peut s’arrêter au premier round comme au neuvième, donc parler de combat du siècle avant que les deux ne montent sur le ring… Attendons. En revanche, c’est le marketing du siècle. Ce sont deux mecs qui pèsent dans le milieu de la boxe, il y en a un qui est invaincu, il a battu tout le monde. Et l’autre a été très, très fort. C’est un combat très attendu, et c’est normal. Les deux ont quelque chose à perdre, au fond. Les anti-Mayweather, qui lui reprochent son insolence, veulent le voir perdre. Si Pacquiao gagne, il devient un monument. Et surtout, ça annoncerait une revanche. Ça va être un beau combat, c’est sûr qu’il faut le suivre. Tout le monde en parle, même ceux qui n’ont pas plus d’intérêt que ça pour la boxe. Moi qui regarde en général des combats ça seul chez moi, je vais aller chez des amis. Mais il ne faut pas oublier que Pacquiao est malgré tout sur la pente descendante. Cinq ans en arrière, ça aurait pu effectivement être le combat du siècle. Bon, l’avantage, c’est que l’argent ne peut plus pourrir le combat, c’est déjà fait. Les sommes dont on parle sont acquises. Quoi qu’il arrive, ils vont les toucher.

Pourquoi ce combat n’a-t-il pas eu lieu avant alors ?

Le sport, c’est aussi une stratégie. Mayweather, c’est le meilleur boxeur au monde. C’est lui qui a touché le plus d’argent, tous sports confondus. Il a su mettre une stratégie en place pour ne pas faire ce combat quand il fallait vraiment le faire. C’est celui qui a le plus à perdre malgré tout. S’il reste invaincu, il fera partie des plus grands boxeurs de l’histoire. Mais il a fait traîner le truc, il disait plus ou moins que Pacquiao était dopé, il voulait faire des analyses de sang poussées, alors que ce n’était pas à lui de le dire ou de l’exiger.

Pourquoi Pacquiao a-t-il finalement accepté toutes les conditions de Mayweather ?

Je pense qu’il n’était pas en position de négocier ou de dire non. Il est quand même en fin de carrière, il a déjà perdu… Et financièrement, toucher 90 millions de dollars, ce n’est pas négligeable, d’autant qu’on disait qu’il avait quelques problèmes de ce côté-là. Donc si vous dites non, c’est que vous êtes très riche. C’était difficile de refuser.

Voici les deux grands gagnants de l'Euromillion du jour. Ils s'appellent Floyd Mayweather et Manny Pacquiao.
Floyd Mayweather et Manny Pacquiao, toujours le poing levé. Comme Amel Bent.

Techniquement, on peut s’attendre à quel genre de combat ?

Je pense que dans les premiers rounds, deux grands champions comme ça vont s’observer. Il y a un respect, une crainte. Mais après le premier ou deuxième round, ça va se lancer. À n’importe quel moment, il peut y avoir un coup et ça peut s’arrêter.

Les jours avant une telle échéance, est-ce qu’on peut avoir peur ?

C’est monstrueux. Psychologiquement surtout. Pour masquer le truc et dire ce qu’il faut, on dit qu’on a de l’appréhension, mais en réalité, c’est de la peur. Moi en tout cas, j’avais peur. Peur de perdre, qu’on soit plus fort que moi. On est à l’hôtel, avec son entourage. Il nous réconforte, on essaye d’oublier, mais forcément, c’est humain d’y penser. De penser que demain, tout peut s’arrêter, que l’on peut perdre son invincibilité ou au contraire, devenir un roi du ring. Après, tout dépend de l’environnement que l’on a. Mayweather est un peu chez lui. Je pense qu’il a un avantage psychologique. 

À une époque, on faisait des “combats du siècle” à Manille ou au milieu de la jungle, ça avait une autre gueule qu’à Las Vegas…

Ali-Foreman en 1974 à Kinshasa, avec un Foreman dans la force de l’âge qui affronte le champion vieillissant, la grande gueule, c’était magique. Tout ce qu’il y a eu dans ce combat… Le légendaire Don King qui descend en Afrique, qui négocie… Il y avait tout pour faire ça là-bas, avec le côté symbolique des Afro-Américains qui reviennent sur la terre de leurs ancêtres. Ali restera Ali. Il a refusé la guerre du Vietnam, il a vu ses leaders mourir…
Pacquiao-Mayweather, c’est un grand combat, mais surtout marketing, vu les sommes monstrueuses. À Las Vegas, la ville de tous les excès, avec le riche ‘bad boy’ américain qui baigne dans l’argent, c’est cohérent finalement.

Il y a quinze ans, l’effervescence était surtout pour les combats de poids lourds. Aujourd’hui, c’est un combat de légers qui suscite l’attention…

C’est la magie de ce sport. Chez les lourds, on a Klitschko. Il est très fort, c’est un homme d’affaires hors pair. tout ce qu’il fait, il le réussit. Mais il lui manque ce petit plus qu’avait Tyson, par exemple. Ce côté ‘bad boy’, ce charisme qu’il laissait transparaître sur le ring. Ce qu’a Mayweather, même s’il est arrogant.

Par Marc Hervez et Pierre Boisson