Johannesburg, un Brooklyn à l’africaine

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Les rues du centre-ville de Johannesburg ont bien changé. En une petite décennie, elles sont devenues le creuset branché d’une population fière, créative et multiraciale. Promenade sur des trottoirs qui regorgent d’énergie.
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La manœuvre est rodée. Dans la réserve de son petit magasin planqué au coin d’Auter Street, Ravi Lalla enfonce une clé dans la porte de son coffre-fort. Il ouvre une fente de 20 centimètres et y passe un bras. Sans même jeter un œil à l’intérieur. Et la referme illico. Le sexagénaire en sort un gros Polaroïd qu’il manipule devant lui, le visage barré d’un sourire satisfait. “C’est avec ça qu’on prenait les premières photos de passeport”, commente-t-il fièrement. Puis, l’homme montre quelques photos du “Jo’burg” des années 70. Sur l’une d’elle, il apparaît tout sourire derrière le comptoir de la boutique. “À l’époque, on tentait de sourire, mais bon, c’était l’apartheid, on n’était pas libres et on avait peur”, analyse-t-il en rangeant son trésor en moins de deux. L’apartheid s’est achevé en 1991 et, lentement, les choses ont changé. Aujourd’hui, Johannesburg est une ville transformée. “La ville a changé pour le meilleur! Aujourd’hui, on n’a plus peur!”

Depuis une quinzaine d’années, la ville et la province du Gauteng ont mis les bouchées doubles pour régénérer le centre-ville de Jo’burg, devenu une zone de développement urbain prioritaire. L’objectif: inscrire le cœur de “Jozi” sur la scène économique et culturelle mondiale à l’horizon 2040. Des immeubles, autrefois squattés par les gangs, ont été récupérés et rénovés. C’est le cas notamment dans le quartier de Maboneng. Installé au cœur d’un vieil entrepôt industriel, Jillian Ross gère une galerie d’art. Lui avait quitté le pays bien avant la fin de l’apartheid. “Je suis parti en 1972”, pose-t-il, avant de s’expliquer: “C’était la ségrégation, il y avait de la violence, de l’instabilité politique et sociale, je pensais que ce pays n’avait pas d’avenir.” C’est en discutant avec l’un des artistes les plus connus du pays, William Kentridge, qu’il a décidé d’ouvrir une galerie dans le quartier de Maboneng. C’était en 2007 et l’entrepreneur Jonathan Liebmann, venait de racheter l’entrepôt et d’offrir un studio à Kentridge. “Il m’était arrivé de revenir en Afrique du Sud. On n’allait plus dans ces quartiers. La transformation de Maboneng fait partie des plus grandes renaissances urbaines de l’histoire”, commente Ross avec enthousiasme. Et de poursuivre : “Ici, il n’y a pas de rivière, pas de montagne, pas de plage. Si cette ville a été créée, c’est parce qu’il y avait de l’or. Johannesburg a toujours été une ville d’opportunités. Aujourd’hui, Johannesburg est une ville pleine d’énergie, c’est un peu comme Harlem.”

La capitale du graffiti


Un avis partagé par le graffeur Bias, occupé à peindre un hot dog de deux mètres de haut, un peu plus loin dans Jeppestown. “Il y a un côté Brooklyn, ici”, explique-t-il en s’essuyant le front du revers de la main: “Tu vois, là, si je fais un hot dog, c’est parce qu’il fait chaud.” Il y a encore dix ans, Bias ne se serait peut-être pas aventuré dans le coin. Mais depuis le début des années 2000, le centre-ville de Johannesburg s’inscrit aussi comme une capitale mondiale du graffiti. “C’est facile de trouver un mur ici. Et puis, la ville encourage le graffiti, certains quartiers du centre-ville aussi, donc ça donne une identité à la ville et les gens sont contents d’avoir un peu de couleurs sur leurs murs.” À deux rues, le Canadien Mediah travaille sur un mur depuis deux jours. “C’est la première fois que je viens peindre en Afrique du Sud. Je suis de Toronto où les rues sont hyperclean, limite stérilisées. Ici, c’est la vraie vie!” Les murs du quartier étudiant de Braamfontein, au nord de la ville, sont eux aussi remplis de graffitis. Sur un immeuble fraîchement rénové, une fresque immense d’un Mandela en noir, violet et orange. Un poing levé: “The Purple Shall Govern.”

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À mi-chemin entre Brooklyn et l’ubuntu


Il est 18h et les rues continuent de grouiller de jeunes arborant des lunettes rondes, des salopettes en jean et des chaussettes multicolores. De nombreuses filles ont les cheveux enroulés dans un doek, le tissu traditionnel africain. Parmi elles, Phumza, poète et écrivaine. “C’est un tissu que portent les femmes mariées. Le porter d’une manière cool fait partie du processus d’appropriation de ce symbole pour se définir une nouvelle identité.” Phumza travaille en face du Kitchener’s, un bar installé dans une maison hollandaise vieille d’un peu plus d’un siècle. Le point de rendez-vous de toute la jeunesse branchée de Johannesburg. Pour Phumza, l’identité de Jo’burg se trouve à mi-chemin entre un Brooklyn et une ville africaine empreinte de l’ubuntu, la philosophie d’Afrique australe reposant sur le mantra: “I am what I am because of who we all are.” “La créativité qui caractérise Jo’burg est liée au passé de la ville. Les gens venaient ici à la recherche d’une liberté économique. Encore aujourd’hui, l’énergie vient des jeunes des townships noirs de la ville qui se sont trouvés un talent. Ils sont en train de redécouvrir des pans entiers de nos cultures dont on nous a appris à avoir honte.” Et de renchérir, avec une fierté remplie d’optimisme: “Cette ville est unique parce que toutes les cultures sont en train de se mélanger. Et l’ubuntu, c’est ce qui les fera tenir toutes ensemble!”

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Par Arthur Cerf / Photos : Arthur Cerf