Kabelo Kungwane, fashion hacker

Cet article n'est pas issu du magazine Society.
Il est exclusivement réservé à society-magazine.fr.
Depuis qu’il a 17 ans, Kabelo Kungwane arpente les rues du centre-ville de Johannesburg à la recherche des meilleures fringues d’occas’. Des vêtements qu’il transforme et customise ensuite à sa sauce. Cinq ans plus tard, l’idée a fait son chemin : le designer de 22 ans fait aujourd’hui partie des grands lanceurs de tendance de la mode sud-africaine.
(c) The Expressionist_ Anthony Bila
(c) The Expressionist_ Anthony Bila

C’est une vieille veste de travail Levi’s rangée dans un coin du dressing de Kabelo, à Alexandra, le township situé à une dizaine de kilomètres au nord du centre-ville de Johannesburg. “Une pièce de collection aujourd’hui”, commente le jeune homme. Et de poursuivre, avec nostalgie : “J’en prends soin, c’est le premier vêtement sur lequel j’ai travaillé. Le premier que j’ai customisé. J’avais 17 ans à l’époque. C’était incroyable, tellement excitant, comme toutes les premières fois, il y avait quelque chose de stimulant. Un jour, je pense la faire encadrer.”

Depuis la veste Levi’s, la petite affaire de Kabelo a trouvé son public. En octobre dernier, le jeune styliste et son acolyte Wanda Lephoto trouvaient leur place dans le top 10 GQ des hommes les mieux habillés du pays. “Quand on a appris la nouvelle, ça nous a fait rire et on a célébré ! C’était la première publication qui s’intéressait à notre travail de stylistes. On a vécu ça comme un honneur.” Une consécration pour les deux comparses dont la passion commune remonte aux bancs du lycée. À l’époque, dans nos livres d’histoire, on voyait des photos de tous ces grands hommes de la lutte. Malcom X, Patrice Lumumba ou Nelson Mandela : tous ces mecs avaient des looks de dandy. C’est ça qui a vraiment déclenché mon intérêt pour la mode.” Et pour ressembler aux dandys de la lutte, Kabelo commence alors à récupérer les vieux costumes de son grand-père. “C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Wanda, on s’habillait pareil. Et on a commencé nos virées dans le centre-ville.” Le week-end, Kungwane se lève donc à l’aube, ramasse un gros sac à dos et monte dans un minibus qui l’emmène en 30 minutes du township au centre-ville de Jo’burg. “On traînait toute la journée. On était passionnés. On repérait les marchés aux puces, on fouillait pour trouver les plus belles fringues de seconde main et on récupérait tous les vêtements qui nous paraissaient collector.”

Wanda Lephoto et Kabelo Kungwane, très british . (c) Mike Bell.
Wanda Lephoto et Kabelo Kungwane, très british . (c) Mike Bell.

Entre le Brooklyn Circus et l’Authentic South African Stories

Le sac rempli, Kabelo rentre donc à Alexandra, où il se met à trafiquer ses fripes, aussi bien influencé par la marque Brooklyn Circus, que par le designer japonais Nigo ou le styliste américain chouchou d’Anna Wintour, Thom Browne. “On reprenait les fringues en essayant de les rafraîchir un peu, de les mettre à la mode en les faisant rentrer dans notre esthétique, avec nos influences locales comme Authentic South African Stories et mondiales comme la marque de skate Supreme.” C’est à cette époque que les deux loustics commencent à revendre leurs créations. “Au début, on le faisait pour nos amis, puis ça s’est développé avec le bouche-à-oreille. Je n’ai jamais fait de pub. On les vend dans les rues ou sur les marchés aux puces de Johannesburg. Les gens continuent de venir à nous directement. On préfère avancer de cette manière, comme ça on a seulement affaire à des gens qui apprécient notre travail et le comprennent.” Car le styliste d’Alexandra refuse de définir son succès comme celui d’une tendance. “Tout ça n’est pas qu’une question de mode”, balaye-t-il sèchement. “Je me vois plus comme un collectionneur. Je fais des recherches sur les vêtements que je récupère. Dénicher des fringues de collection et les reprendre, ce n’est pas une tendance, c’est un mode de vie en tant que tel.”

Les deux potes multiplient les projets. En créant le collectif de photographie de mode Sartist, ils entendent “donner à comprendre le style dans l’Afrique du Sud postapartheid”. Et notamment à Johannesburg. “Jo’burg a toujours été un hub artistique. Cet endroit est en train de devenir l’une des villes les plus créatives du monde entier.” En attendant, Kabelo et Wanda n’ont toujours pas de locaux. “Les marques nous approchent via les réseaux sociaux parce qu’on n’a pas encore de vrais bureaux… Mais ça, ça va arriver.”

 

Découvrez votre voyage sur-mesure en vidéo et tentez de vous envoler pour l’Afrique du Sud via http://fr.campaigns.southafrica.net/meetsouthafrica #MeetSouthAfrica

Par Arthur Cerf