MOOD

La crème de la crème

Cet article n'est pas issu du magazine Society.
Il est exclusivement réservé à society-magazine.fr.
Aujourd'hui, le monde célèbre la journée de la Gentillesse. Et comme on ne compte plus ces moments où on est (un peu trop) bon, c'est aussi un peu notre fête. La preuve.

On s’excuse auprès des poteaux qu’on bouscule.

On se fait toujours servir en dernier quand le bar de la boîte est bondé.

Dans le vestiaire aussi, tout le monde nous double.

On répond « et que les tiennes durent toujours » après un « à tes amours ».

On donne rendez-vous à notre pote en bas de chez lui.

Nos parents écoutaient les Beatles et Alain Souchon.

On a donné de l’argent à Wikipédia. Et à Greenpeace. Et aux pompiers.

On n’a jamais publié les commentaires “Mais ferme un peu ta gueule” qu’on avait commencé à écrire sous les statuts idiots de nos amis Facebook.

On connaît les problèmes de tous nos collègues, ils viennent à notre bureau nous les raconter en détails.

Quand on s’énerve, on fait peur à tout le monde.

Mais dix minutes plus tard, on revient s’excuser.

Et la nuit qui suit, on dort mal.

Nos potes doivent se dire qu’on aime bien les cadeaux de merde.

On a participé à la cagnotte pour l’anniversaire de Sylvie de la compta alors qu’on peut pas la blairer.

On est de tous les déménagements.

On est de tous les rangements les lendemains de soirée.

On répond régulièrement “Merci, vous aussi” à la serveuse qui nous souhaite bon appétit.

Et quand elle revient pour savoir si on prendra des desserts et que tous nos potes font non de la tête avec une tête de gens rassasiés, bon bah on fait pareil. Tant pis pour les profiteroles.

On n’a jamais osé mettre de pancarte “Sorry we’re closed” sur la porte de notre chambre.

On ne dit rien quand les gens nous passent devant dans la file d’attente.

Parfois, on écrit “ahahah” alors que c’était pas si drôle.

La première fois qu’on a vu nos beaux-parents, ils avaient fait de la paella. On a dit que c’était très bon alors qu’on déteste ça. Ça fait quatre ans qu’ils font de la paella à chaque fois qu’on va chez eux, pour nous faire plaisir.

On a passé la moitié de notre vie à culpabiliser.

On propose aux témoins de Jéhovah d’entrer boire un café.

C’est beaucoup trop court mais le coiffeur est sympa, alors quand il nous demande si “ça va comme ça”, on dit oui. Quand il nous propose un shampooing à 20 euros, on dit oui aussi. Et on laisse un pourboire.

Quand on était petit(e), on invitait quand même à notre anniversaire ceux qui ne nous avaient pas invité(e) au leur.

On s’est fait virer de la boîte où on était videur parce qu’on faisait rentrer tout le monde.

On dit “allez oui, c’est d’accord” quand le boucher nous met pour 1,4 kilo de rôti alors qu’on a demandé 800 grammes.

On n’arrive pas à avoir des plans cul. On a des copines.

Une fois, on est allé(e) acheter une paire de baskets chez Foot Locker. On est reparti(e) avec une paire de baskets, un produit nettoyant, une bombe imperméabilisante, un chiffon en poil doux de chamois, deux paires de semelles et un chausse-pied.

On est incapable de vendre nos vieilles affaires sur LeBonCoin, on a l’impression d’arnaquer les gens.

On sait rire sur commande.

“Comment ça les heures supp sont payées ???”

On like les messages d’anniversaire de tout le monde sur notre wall, même de ceux qui disent “happy !” ou “bonne annif miss”.

On achète beaucoup de chewing-gums mais on en mange assez peu.

On n’a jamais pris l’avion mais qu’est-ce qu’on connaît bien le dépose-minute de l’aéroport !

On a souvent perdu sciemment.

Quand au menu, c’est poulet rôti, on se retrouve toujours avec le haut de cuisse.

Peu importe qu’on ne comprenne rien à l’informatique et qu’on déteste Sylvie, on va quand même passer la nuit sur des forums pour lui installer sa suite Adobe crackée.

“Non mais je vais pas te laisser devant une station de métro quand même. Et puis ces embouteillages vont bien finir par se résorber.”

D’ailleurs, sur Blablacar, on a coché “je me plierai en quatre” dans l’onglet Détours.

On s’excuse toujours d’être bourré en taxi.

On ne dit pas “de rien” mais “il n’y a pas de quoi, tout le plaisir était pour moi”.

On est fan des Dieux du Stade et de Clara Morgane mais on a quand même un calendrier des éboueurs et un autre de La Poste, au cas où.

On a acheté huit des dix carnets de tombola de notre neveu. C’est pour l’école.

On s’est déjà auto-vouvoyé en se croisant par hasard dans une glace.

Quand on demande “une baguette pas trop cuite s’il vous plaît”, on dit quand même “merci, bonne journée, au revoir” à cette ordure de boulangère qui a volontairement choisi la plus rousse.

Elle avait pourtant promis qu’elle offrirait les cafés parce qu’elle s’était trompée dans notre commande… Tant pis, pourboire.

On insiste quand l’autre dit « non c’est pour moi » à la fin d’un restau.

Et aussi quand l’autre dit “c’est pas toi, c’est moi” à la fin d’une histoire.

On regarde vraiment les premiers courts-métrages de nos amis.

On tient la porte à l’entrée du métro. Genre longtemps avant.

On se sent toujours obligé(e) d’inventer des excuses extraordinaires au moment de mettre un plan à quelqu’un.

D’ailleurs demain, il faut qu’on aille acheter une plante et en fait c’est relou parce que c’est une plante rare et lourde, ça va nous prendre toute la journée mais on préfère quand même y aller seul(e), t’inquiète.

On laisse notre place de bus à des gens qui ne sont ni vieux ni handicapés.

On fait le ménage à la fin de notre soirée d’anniversaire surprise.

On laisse notre ex inviter nos amis pour le Nouvel An.

On est celui (celle) qui finit par baisser les yeux.

Par Thomas Bohbot, Maxime Chamoux, Antoine Mestres, Matthieu Pécot, Noémie Pennacino et Michaël Simsolo