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Mauvaise pub

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Le lundi 19 juin se tenait la deuxième édition des Bêtes noires de la pub, une cérémonie destinée à “récompenser” chaque année les publicités des multinationales dupant le plus les consommateurs et exploitant les animaux. Reportage, entre humour végétarien, applaudissements vegans et annonces qui passent mal.
N'importe qui ne mange pas n'importe quoi.
N'importe qui ne mange pas n'importe quoi.

“Bah non messieurs dames, La Vache qui rit ne rit pas !” Après avoir gentiment hué Rémi Gaillard, qui “ne mange plus de viande depuis six mois” mais s’autorise encore du fromage, la centaine de vegans présents dans la péniche La Nouvelle Seine se marrent doucement devant les blagues faciles de Christine Berrou, animatrice d’un soir, en compagnie de Guillaume Pot, journaliste de Rires et Chansons, qui présente d’entrée l’objectif de la soirée : dénoncer l’hypocrisie et les mensonges des publicités proposées par les grandes marques à l’égard des animaux et des consommateurs, en remettant des prix ironiques dans diverses catégories. En tout, sept “pipeau d’or” à distribuer, allant de celui du “Mauvais goûts” au “Prix spécial Suisse” en passant par “La victime consentante”.

Si la filière foie gras rafle le prix de “L’animal effacé” pour la deuxième fois consécutive grâce à sa pub télévisée où ni canard, ni maigre, ni obèse n’apparaissent à l’image, et Candia celui de “L’illusion de l’élevage heureux”, personne n’a daigné se déplacer pour récupérer la récompense. Ce qui fait plutôt sourire Benoît Thomé, président d’Animal Cross, l’association organisant l’événement : “On a invité toutes les entreprises nominées mais aucune n’a répondu positivement. Pas grave, on leur enverra par la poste ! Muni de son fameux t-shirt “Je suis n’importe qui”, Rémi Gaillard, l’un des deux parrains de la soirée avec la styliste Lolita Lempicka, souhaite même que cette initiative aille plus loin. “Ce qui serait vraiment top, ça serait d’aller chez ces grandes marques et leur apporter le pipeau d’or tout en se filmant !” propose celui qui préfère passer l’essentiel de la soirée à l’extérieur, au bord de la Seine, mais qui n’oublie pas d’envoyer quelques charmantes insultes envers la SPA de Montpellier, avec laquelle il est en litige après avoir pourtant récolté pour elle 200 000 euros en s’enfermant dans une cage durant trois jours et quatre nuits.

Sur un fond de Francis Cabrel

Mais Les Bêtes noires de la pub ne se limitent pas à une simple cérémonie banale devant des yeux végétariens. Entre chaque remise de prix, humoristes, youtubeurs, magiciens, musiciens et associations se relaient pour défendre la cause animale, chacun à leur façon. Dans une chaleur suffocante, les tours de passe-passe de Rémi David tentent d’expliquer comment la publicité prend les acheteurs pour des billes, Stéphanie Valentin et son violon reprennent La Corrida de Cabrel, David Azencot sort son plus bel humour noir pour chambrer les anti-viande, Jihem Doe montre ses vidéos pro-vegan et Guillaume Meurice diffuse une de ses chroniques diffusée sur France Inter.

On a invité toutes les entreprises nominées mais aucune n’a répondu positivement. Pas grave, on leur enverra le prix par la poste!
Benoît Thomé, président d’Animal Cross

“Dans ce genre de combat, tu peux rapidement faire chier, tu deviens rapidement moralisateur. Là, la soirée constituait une sorte de parodie qui m’a amusé. Ça consiste à dire : ‘Tiens, les pubs se foutent de nos gueules à longueur de temps, à nous de se foutre de leur tronche’, apprécie le chroniqueur, végétarien, “pas encore vegan” –une pétition réclamant qu’il le devienne a récemment vu le jour sur Change.org– et présent dans plusieurs vidéos de l’association de protection animale L214. Il enchaîne : “Et puis, ce style d’événement participe d’un mouvement. On ne va pas changer tout d’un coup, mais ça permet de montrer que les gens qui sont là-dedans ne sont pas seuls. Et moi, je n’aime pas les luttes ‘individuelles’. Un peu comme dans certains débats de gauche, ou t’as toujours un mec qui veut pisser plus à gauche que toi. Dans des causes comme ça, on a tout intérêt à se bouger ensemble.” Après une petite séance photo improvisée, Rémi Gaillard, toujours en forme, tient à peu près le même discours, même s’il regrette que “les convaincus restent souvent entre eux, dans leur monde. Les associations semblent parfois en compétition. Là, on a regroupé tout le monde, on était tous ensemble. Le message, c’est qu’on est solidaire. Brel affirmait : ‘Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose.’ Eux, ils ont forcément du talent, puisqu’ils ont fait quelque chose. Même les cookies et le punch.

FLORIAN CADU