MÉMOIRES

Rob Ford, la vie avant la mort

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Il n’a pas révolutionné l’organisation d’entreprise mais a offert une autre facette à une ville de Toronto propre sur elle, préférant passer son temps à faire polémique, bien assis dans son grand siège municipal. Rob Ford est décédé hier, à 46 ans, des suites d’un cancer qu’il combattait depuis deux ans. Retour sur les temps forts de la carrière politique du "maire fumeur de crack".

Un spécialiste

En 2006, Rob Ford n’est pas encore maire, seulement conseiller municipal, qu’il dérape déjà. Au cours d’une réunion officielle à la mairie de Toronto entre différents conseillers, le débat est agité. La Ville s’apprête à voter 1,5 million de dollars d’aide pour la prévention contre le sida. Ford, lui, estime que ce n’est pas aux contribuables de payer : « À part si t’es un camé, ou si t’es gay, tu ne peux pas avoir le sida... » David Miller, le maire en place à l’époque, lui fait remarquer que c’est pourtant la population féminine, d’après les statistiques, qui est la plus touchée. Mais le natif de Toronto a réponse à tout : “Elles couchent probablement avec des bisexuels.” Des bisexuels toxicomanes, sans doute.

Un gendre idéal

Les femmes n’ont décidément aucun secret pour Rob. “Elles aiment l’argent. Donne-leur des milliers de dollars, elles seront heureuses”, sait-il. Et en seize ans de mariage, Renata Ford, épouse de, en a vu de toutes les couleurs. Le soir de Noël 2011, Robbie la menace d’enlever leurs deux enfants et de s’enfuir à Miami. Pas de gros chèque pour Renata, mais une belle intervention du 911. En 2012, rebelote. La police doit intervenir de nouveau en pleine scène de ménage, les deux parties s’accusant mutuellement d’avoir trop bu…

Un playboy

« I’m Rob Ford. It’s gonna be pretty hard to change. »* Rob sait ce qu’il vaut. Il est fier de lui et n’a peur de personne. Pourtant, le 1er avril 2011, la couverture du magazine Now le montre presque nu ; et alors qu’il prétend prendre à la rigolade cette caricature, tous les exemplaires de l’hebdomadaire disparaissent miraculeusement des kiosques de l’hôtel de ville. Rob n’aurait pas assumé ?

*Je suis Rob Ford, ça va être compliqué de changé ça.

Un géant vert

C’est pas tous les jours qu’on s’amuse à la mairie de Toronto ! Mais quand Rob devient wild, ça déménage. Ce soir de Saint-Patrick 2012, alors que « YOLO » n’est pas encore à la mode, Rob donne tout : vin, bière, vodka, shots dans le bureau du maire, striptease, coups de balayette dans les jambes du staff, lancer de cartes de visite sur un chauffeur de taxi et crise de larmes. Et encore, ce n’est que l’apéro. Rob et sa fine équipe finissent ensuite la soirée dans un bar des alentours. Mal. La conclusion de l’intéressé : “Je dois juste ralentir un peu ma consommation d’alcool.”

Un grand sportif

Si Rob Ford avait un rêve, c’était de devenir footballeur américain professionnel. Son physique ne le lui permettait pas, mais il est finalement parvenu à être coach d’une équipe de lycée à Toronto : the Don Bosco Eagles. Pourtant, en 2013, après dix ans à sa tête, il est viré. Les motifs de ce renvoi sont sans surprise : menaces, insultes, ivresse. Son coaching a, en revanche, marqué les esprits par son originalité. La rumeur court qu’il forçait ses joueurs à se rouler dans des fèces d’oie pendant les entraînements. L’important dans l’histoire, c’est qu’il en garde un bon souvenir. Ivre, il a déclaré à propos de son équipe : “They are just fucking minorities.” (“Ce sont juste des putain de minorités.”)

Un épicurien

2013. Depuis quelque temps déjà, beaucoup de bruits circulent sur les consommations illicites de Rob. Souvent sans preuve. Cette fois-ci, des journalistes du Toronto Star affirment avoir visionné une vidéo de Rob fumant du crack à la pipe et traitant le chef du parti libéral canadien de « pédé ». Rob réagit tout de suite : “Je ne consomme ni cocaïne ni crack. Quant à la vidéo, je ne peux pas commenter quelque chose que je n’ai jamais vu ou qui n’existe tout simplement pas.” Quelques mois et autres vidéos plus tard, il finira par avouer : “Oui, j’ai fumé du crack. Sûrement, pendant l’un de mes épisodes d’ivresse, et sûrement il y a plus d’un an.” Cf. la conclusion du quatrième paragraphe, « Un géant vert ».

Un mec serein

Alors que la vidéo officielle de Rob fumant du crack se fait attendre, en voilà une autre qu’il n’avait sûrement pas vue venir. En novembre 2013, le site Star le montre en effet en train de hurler sauvagement des menaces de mort. Et quand Rob fait les choses, il ne les fait pas à moitié ! “Je vais lui arracher sa putain de gorge”, l’entend-on promettre. Mieux encore : “Je vais tuer ce putain de mec. Je vous le dis, c’est un meurtre au premier degré. Je meurs ou il meurt, mon frère.” Rob est confus. Ses souvenirs sont flous. La faute à la boisson encore, évidemment. Fidèle à lui-même, il déclare : “Je veux voir la vidéo. Je m’en souviens à peine. J’étais vraiment, vraiment en état d’ébriété.”

Un homme contre le grignotage au bureau

2013 toujours. Cette fois-ci, Ford est accusé de harcèlement sexuel par son staff. Il aurait déclaré à l’une de ses collègues : “I want to eat your pussy.”* C’en est trop pour Robbie. On peut l’accuser de tout, mais pas touche à la réputation de bonne maîtresse de maison de sa femme ! Alors, il le fait savoir aux médias : « Je ne ferais jamais ça, je suis heureux en ménage, et j’ai plus que suffisamment assez à manger à la maison! »

*Je veux manger ta chatte.

Un altruiste

“Je ne veux pas me vanter, mais quand je suis dans la rue, les gens me traitent comme une rock star.” Lucide, Rob sait donc se vendre. En novembre 2014, alors qu’il s’apprête à retourner à l’hôpital pour un quatrième traitement de chimiothérapie, il met en vente des figurines à son effigie : les Bobblehead. Toutes les recettes seront reversées aux deux hôpitaux qui traitent son cancer. Des petits souvenirs de lui-même qui coûtent 30 dollars et partent comme des petits pains.

Un homme qui ne renonce jamais

Il était pourtant décidé. Ni les critiques, ni les scandales, ni personne n’aurait pu l’empêcher de se représenter aux élections de 2014. “C’est pas pour me vanter, mais je suis le meilleur maire que la ville ait jamais eu.” Malheureusement, Rob est peut-être le meilleur maire, il n’est pas plus fort qu’une tumeur à l’abdomen. Il doit renoncer. Mais pas question de laisser sa place à n’importe qui. Chez les Ford, on fait tout en famille. C’est donc son frère Doug qui se présentera. Et même si Doug perd les élections cette fois-ci, il l’a promis, il retentera sa chance en 2018. Rob du fond de son lit d’hôpital l’a expliqué : “On ne fait que s’échauffer.”

Un homme aimé, surtout

Malgré les tourments, les failles et les scandales, Rob a toujours pu compter sur le soutien d’une communauté de fans presque indestructible. Début mars 2016, la famille Ford a décidé d’ouvrir un site web afin que tous les résidents de Toronto puissent exprimer leur soutien à l’ancien maire dont l’état de santé continuait de se détériorer. En seulement quelques heures, presque 1 000 messages avaient déjà été postés. On en compte désormais 8 000. Rob Ford, tout simplement un homme de cœur ? En tout cas, même l’ancien Premier ministre du Canada Stephen Harper s’est exprimé : “Rob a été un battant toute sa vie et un fonctionnaire dévoué. Nous n’oublierons pas son courage, son amour pour Toronto et sa famille.”

Par Diane Tamalet