Interview

Arnaud Rebotini: “On peut faire des super rimes avec chloroquine”

Chaque semaine durant le confinement, le musicien électro français Arnaud Rebotini a sorti un morceau en lien avec l'air du temps. Il nous raconte ses deux mois enfermés en studio.

Comment est-ce que tu as pris l’annonce du confinement?

Avec un peu de frustration, au début. Toutes mes dates ont été annulées, et il y en avait pas mal, donc pour l’aspect financier ce n’est pas le plus facile. Mais ces annulations sont tombées bien avant l’annonce du confinement, donc je m’y étais un peu préparé. Et je peux toujours continuer à composer de la musique dans mon studio, donc je ne suis pas le plus à plaindre. Mais c’est sûr que sur le plan financier, il ne faut pas que ça dure trop longtemps… Après, j’ai le sentiment qu’on fait un métier précaire de base, on ne sait jamais de quoi demain sera fait, même en temps normal. Je ne suis pas salarié depuis 20 ans maintenant, donc je peux à peu près gérer.

Tu as donc décidé de t’enfermer dans ton studio pendant le confinement?

C’est un peu ça, oui. Quand il y a eu l’annonce du confinement et que j’ai senti que ça allait être très long, j’ai eu envie de me lancer un challenge en composant un morceau par semaine en lien avec tout ce qui se passe actuellement. J’ai alors composé un premier morceau sur le thème de la distanciation sociale, et j’ai eu envie d’associer des gens à ce travail: j’ai alors contacté d’autres musiciens que j’apprécie pour qu’ils composent à chaque fois des remix du morceau, et je me suis associé à l’INA pour qu’ils réalisent un clip basé sur des images d’archives pour chaque titre. C’est une expérience et un témoignage sur la façon dont nous, musiciens électro, on a pu vivre ce moment-là, et j’ai essayé de souligner les aspects de la crise et du confinement parfois avec un peu de gravité, et aussi un peu d’humour. Les chansons d’hommage d’Obispo et Lavoine avec des textes dignes de poèmes pour la fête des Mères, je ne voulais pas trop partir là-dedans non plus (sourire).

Les morceaux évoquent la chloroquine, les relations virtuelles, les masques… Comment as-tu choisi les thèmes?

En fonction de ce qui venait dans l’actualité, tout simplement. J’ai commencé avec la distanciation sociale en m’inspirant des slogans qui étaient communiqués, puis je me suis inspiré des relations sociales via le numérique, et il y a ensuite eu la chloroquine. C’était un super cadeau, ça. Entre les débats incessants sur les plateaux télé et le mot en lui-même, j’avais plein de choses à faire sur ce sujet. On peut faire des super rimes avec chloroquine (sourire). Je me suis aussi posé pas mal de questions sur le dernier thème à aborder à l’aube du déconfinement, et plutôt que de faire un morceau qui aurait pu être festif, j’ai décidé de parler des gens qui ont fait marcher le pays pendant la période. Ils n’ont pas rechigné à prendre des risques, et ça me semblait important de les mettre en avant, tout comme ceux qui vont retourner à l’usine pour relancer le pays alors que nous, on peut continuer à télétravailler. C’est peut être le truc positif de cette crise, on va sans doute mieux considérer ces métiers.

Le monde de la nuit a été très touché par le confinement, et il va continuer à l’être. Comment imagines-tu la fête dans les prochains mois?

Je ne vois pas bien comment on va faire avec la distanciation sociale, on est dans la même situation que les bars et les restaurants. Surtout, si une salle n’est pas à 70 ou 80% de remplissage, ce n’est pas rentable, donc j’image qu’on va faire des efforts financiers au début, pour aider les salles. Et puis aller tous en club avec des masques… Déjà que ce n’est pas très agréable à porter la journée, alors bon. J’espère quand même que l’on va pouvoir reprendre un peu les concerts en septembre. On a été les premiers arrêtés et on sera sans doute les derniers à reprendre, on peut espérer de l’aide, même si je trouve que c’est facile de taper sur le gouvernement en disant qu’ils n’ont pas assuré sur la culture. C’est vrai qu’il y a eu des erreurs de communication sur ce sujet, sauf que personne n’aurait voulu être à leur place. Mais ça reste important de signer des pétitions et des tribunes pour soutenir l’idée que la culture va jouer un vrai rôle économique dans les prochains mois. Il faut se bouger et leur demander des choses.

Tous les morceaux de [This is a Quarantine] sont en écoute sur les plateformes de streaming et sur le Soundcloud d’Arnaud Rebotini

Par Brice Bossavie