Interview

Barbara Butch: “On ne peut pas se moquer des gens éternellement, c’est plus les années 80”

La DJ queer Barbara Butch, connue pour sa volonté de rendre les soirées plus inclusives et sa dénonciation de la censure des corps gros sur les réseaux sociaux, milite au quotidien contre toutes formes de discrimination. Et en confinement? Elle continue.

Depuis le début du confinement, on voit passer sur les réseaux sociaux pas mal de blagues et de mèmes sexistes (‘Sephora est fermé, les femmes vont devenir moches’) ou grossophobes (‘C’est horrible, on va devenir gros’). Est-ce qu’en tant que militante, c’est décourageant? 

C’est hyper-usant, il y a un moment où on n’en peut plus. Tellement que, parfois, je n’ai plus envie de relever. Mais ce que je vois, c’est qu’il y a aussi de plus en plus d’allié·e·s. Et je crois que c’est important de relever à chaque fois, justement.

De signaler, en expliquant à la personne qui a fait cette blague, qui a utilisé ce mème: ‘Non mais là, c’est grossophobe –ou sexiste, ou raciste–, tu ne peux plus le faire.’ On ne peut pas se moquer des gens éternellement, en fait. C’est plus les années 80. C’est comme ça, on trouve d’autres sujets de rigolade.

Comme beaucoup d’autres, tu profites du confinement pour faire des lives sur Instagram (des vidéos éphémères et interactives, ndlr). La différence, c’est que toi, tu en fais quatre par jour.

Oui! Pendant le premier, à 10h30, je lis des horoscopes –spécialement faits pour l’occasion– des comptes Instagram @astrotruc et @astrolettres. Et tous les trois jours, avec un autre compte qui s’appelle @astrologouine, on parle confinement et signes astrologiques. On a des questions du genre: ‘Mon crush de confinement est Balance, je suis Scorpion, qu’est-ce que je peux faire pour le séduire?’ C’est le petit moment rigolo du matin, avec de la musique, pour se mettre de bonne humeur.

Ensuite, à 15h, j’appelle un copain ou une copine artiste pour chanter un morceau depuis chez lui ou elle. À 18h, c’est mon talk-show militant. Je fais appel à quelqu’un qui gère un compte militant –féministe, LGBTQ…– sur les réseaux sociaux. Par exemple, j’ai reçu @pracisees_vs_grindr, qui recense toutes les fois où lui et ses followers ont reçu des messages racistes sur les applications de rencontre. Ou @Tapotepute, qui a parlé du travail du sexe, de comment c’était encore plus touché par la précarité en ce moment.

Et le soir… 

Le soir, c’est un de mes moments préférés du confinement! C’est 23h-minuit et c’est la hot-line de Barbara Butch, quoi. Et comme le live de 18h, elle est accessible aux personnes sourdes et malentendantes, puisque je fais appel à un ou une interprète qui puisse signer, de manière à ce que ce soit accessible au plus grand nombre. J’essaie d’être le plus inclusive possible dans mes soirées, et je veux que sur mes réseaux sociaux, ce soit la même chose.

Retrouvez la suite de l’interview de Barbara Butch dans le premier numéro du magazine So Gooddisponible très prochainement. 

Par Noémie Pennacino