Interview

Benoît Hamon: “Un peu comme si la planète, agressée, produisait une défense immunitaire”

Benoît Hamon, retiré de la vie politique depuis le score famélique de son mouvement Génération·s aux élections européennes, se paie une petite traversée du désert. Nous sommes allés prendre de ses nouvelles, alors qu’il est confiné en famille, en région parisienne.

Comment ça se passe pour votre activité de conseil?

J’ai du travail, je poursuis mes missions lancées avant le confinement –de ce côté-là, ça tourne avec Skype. J’accompagne des boîtes dans l’économie sociale et solidaire. Je n’ai pas de nouvelles missions, en revanche. La réalité, c’est que les entreprises se recentrent sur leur cœur d’activité, et que c’est impossible d’envisager quoi que ce soit dans ces périodes-là. C’est le cas pour tous les indépendants et les petites boîtes.

Vous êtes plutôt discret depuis le début de la crise sanitaire… Ce n’est pas l’occasion pour vous de piquer une tête dans le débat public?

D’abord, je trouve que beaucoup de gens prennent la parole, on est abreuvé de tribunes, de prises de position. Ensuite, ceux qui sont détenteurs de la science et du savoir sont divisés entre eux. Ceux qui doivent incarner le pôle de la raison ne proposent pas une analyse fiable à laquelle on peut se raccrocher –et c’est compréhensible–, donc à l’heure du tout-info, où tout le monde s’autoproclame expert, je ne veux pas faire de procès à qui que ce soit, et ce, même si le gouvernement non plus n’est pas exempt de contradictions. Il ne faut pas en rajouter à l’angoisse.

Cette situation interroge aussi notre système économique, sur lequel vous tentiez d’alerter lors de l’élection présidentielle de 2017. Le revenu universel refait parler de lui un peu partout. Vous n’avez pas été candidat cinq ans trop tôt?

Je ne sais pas… Le système est tellement à l’agonie, c’est un peu comme si la planète, agressée par l’humanité, produisait une défense immunitaire avec ce virus. Mais même avant l’épidémie, on avait tous les éléments pour voir que l’impact de l’activité humaine est décorrélé du progrès social. La seule chose positive dans tout ça, c’est qu’on redécouvre les liens. On paye deux décennies de transformation de notre système de santé, de l’hôpital public, non pas en centre de santé mais en centre de coûts. Il faudra tirer toutes les leçons de ça.

Par Antoine Mestres