Interview

Caroline De Haas: « La crise sanitaire doit être pensée sous toutes ses formes »

Caroline De Haas est militante féministe, notamment avec le groupe #NousToutes. Confinée depuis samedi, elle continue de lutter contre les violences et a monté un système de soutien aux parents, entre deux “dictées rigolotes” qu’elle écrit pour ses enfants.

Les associations craignent que le confinement amène une recrudescence des violences contre les femmes.

Les violences au sein du couple, en période de confinement, sont un enjeu majeur: il y a des risques de féminicides, de conséquences graves sur la santé des femmes, du point de vue psychique, physique ou sexuel, et le risque de violence conjugale est accru. La crise sanitaire qu’on traverse doit être pensée sous toutes ses formes.

Par exemple?

L’Espagne a lancé un plan d’urgence “spécial coronavirus” en faveur des femmes victimes de violences, qui comprend une campagne de prévention nationale, le renforcement des dispositifs existants –le numéro de téléphone est ouvert 24h/24 et toutes les places d’hébergement sont garanties– et la mise en place de nouveaux dispositifs, comme celui qui permet aux femmes, en envoyant juste un message, d’être géolocalisées immédiatement. On devrait pouvoir faire pareil en France. Pourtant, ici, le numéro de téléphone a été réduit, et on n’a pas trop d’infos sur les places d’hébergement.

Savez-vous ce que fait le gouvernement?

Marlène Schiappa m’explique qu’ils font le maximum. Mais je n’ai pas l’impression qu’au-delà d’elle, dans les lieux stratégiques comme le ministère de la Santé, Bercy et l’Élysée, ils soient très concernés par ce sujet-là. Le confinement va avoir des conséquences à long terme sur les gens. Il va falloir qu’on se pose assez rapidement des questions sur les conséquences psychologiques et sociales d’un confinement.

Politiquement, que nous révèle cette période?

Cette période révèle à quel point on a besoin d’un État social protecteur et de services publics forts. Les suppressions de postes à l’hôpital, le fait d’avoir facilité les licenciements, on en paye le prix fort aujourd’hui. Ça peut valoir le coup de se poser la question de qui on met au pouvoir la fois d’après.

Que pensez-vous de la loi « urgence coronavirus » ?

Le gouvernement est très concerné par le fait de sauvegarder la santé financière des entreprises. Il a raison, mais il y a deux choses: la première, c’est qu’il faut s’assurer que cela serve vraiment à payer les salaires et pas à licencier, et la deuxième, c’est qu’il y a plein de gens qui ne sont pas dans les entreprises. Tous les indépendants, les freelances, les artisans, les intérimaires, les gens qui sont au chômage ou au RSA, qu’est-ce qu’on en fait?

Par Noémie Pennacino