Etude

Comment être prêts pour les prochaines crises? Un explorateur étudie la question

Afin de tirer des enseignements de cette crise, Christian Clot a décidé de mener une étude avec Human Adaptation Institute. L’explorateur français souhaite observer nos capacités d’adaptation pour mieux nous préparer en cas de récidive.

Christian Clot a arpenté les coins les plus extrêmes de la planète, du désert iranien de Dasht-e Lut au froid sibérien en passant par la jungle amazonienne. Depuis plus de 20 ans, cet explorateur utilise ses voyages pour tester les capacités d’adaptation du corps humain dans les situations les plus hostiles.

Qu’en a-t-il retiré? “J’ai entre autres découvert la fatigue cognitive et les énormes erreurs qu’elle nous fait faire, raconte-t-il. Avec mon kayak en Patagonie, je me suis retrouvé dans un tourbillon. Je suis formé à les éviter, mais ma fatigue mentale m’a fait oublier tout le reste.” Morale de l’histoire: “Ce n’est pas parce qu’on est préparé(e) ou compétent(e) qu’on ne peut pas commettre d’erreur.”

Si le confinement n’a rien à voir avec ses explorations, l’expérience est suffisamment extrême pour que Christian Clot, confiné à Paris, décide d’en faire un objet d’étude avec les équipes de Human Adaptation Institute, l’institut de recherche qu’il a créé. “La notion d’adaptation en tant que telle n’a que très rarement été observée sur de larges groupes humains: c’est un vrai terrain d’étude.” 

Pour cette enquête, nommée Covadapt (les inscriptions seront clôturées le 30 avril), Clot et son équipe suivent aujourd’hui 7500 personnes et leurs capacités d’adaptation en cette période étrange. Des questionnaires, envoyés tous les dix jours, tracent leur évolution.

Près de 40% des interrogés se déclarent “fortement déstabilisés”, et entre les angoisses profondes, la perte de confiance en l’avenir et les troubles du sommeil, ils montrent des “symptômes entraînant une fatigue mentale qui fait barrière aux capacités d’adaptation. Résultat: moins de compréhension et donc moins d’acceptation. C’est un cercle vicieux!” 

L’étude doit encore durer un an, avec justement pour objectif d’apprendre à casser ce cercle vicieux. Ou plutôt d’identifier les mécanismes de la résilience, pour ensuite concevoir, aux niveaux cognitif et social, ce que l’explorateur appelle “des outils d’adaptation” aux prochaines crises, qu’elles soient climatiques, terroristes ou économiques.

Une sorte d’immunité collective au niveau psychologique, pour une population qu’il espère capable, à l’avenir, de se mettre en mode urgence en un claquement de doigts. “On a cessé d’apprendre ces mécanismes il y a des dizaines d’années. Parce que nous n’en avions plus besoin, tout simplement.”

Par Ana Boyrie