
Au commencement, Pepe the Frog était juste un personnage parmi d’autres de Boy’s Club, une bande dessinée pour fumeurs de bangs apparue en 2004 et mettant en scène un groupe de colocataires à têtes d’animaux vivant leur vie de colocataires à têtes d’animaux. Pepe était à l’image de son créateur: gentil et calme, capable de commenter d’un simple “Feels good man” sa décision inédite d’uriner en baissant intégralement son pantalon sur ses chevilles. Inoffensif. Puis Matt Furie a décidé de poster une image de Pepe sur MySpace, et Internet l’a avalée. D’abord icône des weirdos du forum 4Chan, la grenouille est devenue un symbole de haine, de racisme et de misogynie quand les weirdos en question sont eux-mêmes devenus haineux, racistes et misogynes, mettant bientôt leur éternelle volonté de provocation derrière la première campagne présidentielle de Donald Trump, qui n’hésitera pas à utiliser l’image de Pepe dans sa communication. Alors qu’il avait accueilli les premiers détournements de son personnage avec un haussement d’épaules, Furie tente alors de réagir et de faire de Pepe un symbole d’amour. Mais peut-on vraiment résister face au tsunami des réseaux? Sans doute l’histoire qui résume le mieux l’évolution de la culture web ces 20 dernières années.
Feels Good Man, d’Arthur Jones (2020), disponible sur Society+