Travail

Vous faites quoi dans la vie (d’après) ?

Une crise sanitaire, économique et sociale qui invite à repenser le futur plus un confinement propice à l’introspection, forcément, ça devait arriver: nombreux sont ceux qui envisagent de complètement changer de métier. Bienvenue chez les confinés reconvertis.

Sébastien a une jolie carrière dans la banque, mais aussi une belle voix. Alors, à 34 ans, il a décidé de dire adieu à son métier de bureau qu’il aime bien mais qui ne le passionne pas tant que ça, de faire appel à une coach vocale et de devenir comédien voix off.

Quitter les horaires stricts, les réunions chronophages et un salaire de “100K par an” pour parler dans des spots publicitaires, des jeux vidéo et des livres audio, “c’est un revirement total, qui va [l’]obliger à changer toute [sa] logique de boulot et revoir toute [sa] façon de vivre”. Mais il est déterminé, la crise que l’on traverse lui a fait revoir ses priorités. “On consomme beaucoup moins et on se demande: est-ce que tout ce qu’on consommait, on en avait vraiment besoin? Aujourd’hui, je préfère faire un métier qui me plaît au quotidien plutôt qu’avoir un salaire mirobolant”, dit-il avant de préciser qu’il a quand même mis de côté un filet de sécurité.

Laura, 28 ans, n’a quant à elle “pas fait de calculs ni de business plan”, mais en septembre, après cinq ans dans l’organisation d’événements culturels et contre l’avis de son entourage qui trouve sa décision “économiquement folle”, elle se lancera dans une formation: dix mois avec contrat de professionnalisation dans une crèmerie-fromagerie et un diplôme à la clé pour enfin “travailler dans le fromage”, une passion qui la suit depuis toujours. “Mon projet est simple, explique-t-elle: donner une autre importance à ce qu’est le travail et la place que ça prend dans ma vie.”

Ils sont nombreux, comme Sébastien ou Laura, à avoir vu le confinement s’accompagner d’une remise en question professionnelle. Parmi eux, deux profils se dégagent: les personnes dont le métier est désormais à risque et/ou l’emploi menacé à plus ou moins long terme par un licenciement économique ; et celles qui ont la chance de pouvoir interroger l’utilité de leur fonction et rechercher plus de sens.

S’il ne peut pas fournir de chiffres à ce propos, Pôle Emploi, qui a entièrement digitalisé ses services, rappelle que ceux qui se posent des questions sur une nouvelle voie peuvent avoir accès à son Activ’Projet, qui permet d’élaborer ou confirmer un projet avec l’appui d’un professionnel de l’orientation, et à son atelier “Initier son évolution professionnelle”. La start-up Chance, spécialisée dans la reconversion professionnelle et proposant des offres de coaching personnalisé, a de son côté enregistré “une augmentation de 70% des ventes au mois de mars par rapport à février”, selon Ludovic de Gromard, l’un de ses fondateurs.

Ce vent de désir de reconversion a également été ressenti au niveau local. John Davis, en charge de la Maison de l’orientation de Cholet, dans le Maine-et-Loire, note que “cette période de confinement fait naître une réflexion chez une population qui, peut-être, ne se posait pas la question il y a deux mois”. Une sorte de déclic pour ceux qui se seraient rendus compte qu’ils ont choisi leur métier “par défaut, parce qu’il fallait bien travailler”.

Un vrai parcours, qui demande de la réflexion”

Antoine a fait ce “choix par défaut” à 23 ans, en tournant le dos à ses activités de pigiste radio/rédacteur/traducteur pour partir vers la restauration. Onze ans et un confinement plus tard, il envisage de renouer avec sa passion première. “Évidemment, je ne m’attends pas à envoyer mon CV à France Inter et qu’on me dise ‘Bien sûr, on n’attendait que ça!’ Mais c’est une piste.” Pour l’instant, alors qu’il est au chômage partiel à 100% et que l’avenir des restaurants est flou, son projet de reconversion professionnelle consisterait à… travailler beaucoup moins. Avec sa femme, ils ont profité d’être confinés pour faire un constat: lui part travailler tous les matins à 6h30 et rentre crevé treize heures plus tard, elle est à mi-temps pour pouvoir s’occuper de leur trois enfants, mais avec un salaire horaire deux fois plus élevé que le sien et des projets professionnels qu’elle a mis de côté à cause de la vie qui passe. “L’arrêt forcé a permis de mettre en évidence l’absurdité de la situation. Ça a été l’occasion de prendre des décisions basées sur autre chose que ‘de toute façon y a pas d’autre solution’.

Antoine en a alors parlé à son patron, qui “a été très compréhensif, grâce au confinement et parce que c’est une bonne personne”, et a accepté de revoir les conditions de son poste afin de le rendre plus flexible. “On va rééquilibrer: ma femme va passer à temps plein pour mener à bien ses projets, et moi, je travaillerai de façon plus souple, en étant plus disponible pour ma famille.” Enfin, si une fois confrontée au réel, la théorie tient la route.

Pour ceux qui voudraient se lancer, parce qu’ils y pensent depuis longtemps ou parce que la crise les y pousse, John Davis rappelle que la reconversion professionnelle est un “vrai parcours, qui demande de la réflexion”. Il conseille de “commencer par trouver une grande filière professionnelle qui nous intéresse, puis à l’intérieur un métier pour lequel on a un intérêt, mais aussi pour lequel notre parcours personnel est un atout. Sans oublier que ça va peut-être s’accompagner d’une formation. Comme un jeune qui cherche la meilleure façon de commencer sa vie”.

Par Noémie Pennacino