
Les films et les séries de gangsters se déroulent rarement au rayon fruits et légumes. Pourtant, ce 11 septembre 2024, Guillaume* a eu l’impression d’être projeté dans Scarface ou Narcos. Employé dans un supermarché Grand Frais de l’est de la France, il effectue une journée de travail ordinaire, jusqu’à ce que de la cocaïne soit découverte dans des bananes livrées l’après-midi. La poudre est enveloppée dans des feuilles de plastique bleu, sous forme de briques. Les pains pèsent plusieurs kilos chacun, ils ne se donnent pas la peine de se cacher et attendent sagement d’être découverts entre les fruits, au fond des cartons. Les collègues de Guillaume les saisissent, se les passent de main en main –“Tiens, c’est quoi?”-et finissent par appeler la police. Ce jour-là, à quelques heures d’intervalle, quatre supermarchés Grand Frais, dont celui où travaille Guillaume, situés à Bessoncourt, Beaune, Le Creusot et Sochaux, reçoivent tous des pains de cocaïne, pour un poids total de 87 kilos.
Guillaume déteste les films de mafia. Quand il évoque cet épisode, il laisse des blancs, hésite, ne veut pas en dire plus, “par loyauté” pour son entreprise. Il faut dire que la direction de Grand Frais se claquemure elle-même dans le silence: le département de la communication de l’enseigne refuse par e-mail “de donner une réponse favorable à [n]os questions concernant le parcours d’importation des bananes”. Circulez, l’affaire est close. D’ailleurs, pour Grand Frais, elle n’a jamais vraiment existé. Quand la coke a pointé le bout de son nez, les magasins sont restés ouverts et les clients ont tranquillement continué à pousser leurs caddies. “Je ne vais pas vous dire qu’ils prenaient ça à la légère, mais ils n’avaient pas l’air d’être trop choqués”, remet Guillaume. De leur côté, les bananes ont fait ce que l’on attendait d’elles. Sorties des cartons, elles ont pris place sur les étals. Derrière cette apparente normalité, reste pour Guillaume une question vertigineuse: “Comment la drogue a-t-elle bien pu arriver là?”