TENDANCE

Et la folie du vélo prit son envol

Depuis le confinement, la pratique du vélo a explosé en France. Une bonne raison de revoir nos modes de déplacement et, donc, nos espaces publics?
Photo: Now and Then, de Lesli Linka Glatter

Il en avait envie depuis un moment et le contexte lui a fait sauter le pas. À la sortie du confinement, pour se rendre sur son lieu de travail sans avoir à prendre les transports en commun, Seydou, Parisien de 33 ans, a décidé d’acheter son premier vélo. Il s’est alors tout naturellement rapproché d’un magasin d’occasion. Mais il n’était visiblement pas le seul sur le coup. “Le vendeur m’a dit qu’avec 400 demandes en attente, ce n’était pas le bon moment.” Seydou a donc opté pour “un vieux clou, sans vitesses ni trop de freins”, trouvé sur LeBonCoin.

D’autant que le gouvernement a lancé, le 4 mai dernier, le Coup de pouce vélo, qui comprend notamment une aide de 50 euros pour faire réviser sa bécane et auquel la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, a décidé d’allouer un budget de 60 millions d’euros.

C’est un fait, depuis le confinement, partout en France, la fréquentation des pistes cyclables a explosé. Selon l’association Vélo & Territoires, lors de la première semaine, la pratique a augmenté de 44%.

Une occasion rêvée pour tous les défenseurs des mobilités actives de reconquérir le territoire via des actions d’“urbanisme tactique”, comme par exemple les “coronapistes”, des pistes cyclables provisoires étalées sur plus de 1 000 kilomètres “au détriment de voies de circulation de voitures sous-utilisées”, constate Dominique Riou, de l’Institut Paris Région.

Si Paris et sa petite couronne ont joué la carte de l’intercommunalité, Grenoble, avec ses “autoroutes à vélo”, s’est imposée comme la ville la mieux aménagée, selon le dernier baromètre de la Fédération des usagers de la bicyclette, venant mettre sa roue dans celle de Strasbourg, capitale française historique du vélo.

Mais cela va-t-il durer? Les habitudes sont des choses qui reviennent vite et le déconfinement ramène petit à petit les voitures dans le paysage urbain. La suppression de la piste provisoire de l’avenue du Prado, à Marseille, au motif qu’elle était utilisée par les scooters et motos, est un parfait exemple de demi-tour.

Si à la Fédération française des motards en colère, on défend diplomatiquement “le partage de la route sans opposer les usagers”, l’association 40 Millions d’automobilistes prend moins de pincettes: “L’économie sera relancée avec la voiture, n’en déplaise à ceux qui, idéologiquement, n’en voient pas l’utilité dans leur mode de vie minoritaire.”

“Une fracture territoriale majeure” qui laisse la France “dans le gruppetto de l’Europe”, selon le dernier rapport sur le potentiel de développement du vélo en France, qui tempère l’enthousiasme de ceux voyant dans les rayons des bicyclettes le soleil écologique de demain, mais note l’avènement du vélo électrique, locomotive du marché et potentiel agent propagateur de la pratique dans de nouvelles aires géographiques et démographiques.

La marge de progression, en tout cas, est immense: en Île-de-France, 840 000 déplacements quotidiens se font à vélo, contre 17,2 millions à pied. En attendant, Seydou profite des coronapistes quand la ville s’endort: “Apprendre à faire du vélo à mon âge, c’est pas cool, alors je m’entraîne la nuit.” 

Par Éric Carpentier