Santé

Faut-il interdire la vente d’alcools forts pour empêcher les violences?

Un certain nombre de pays ont restreint la vente d'alcool depuis le début du confinement. En France, le préfet du Morbihan vient d'interdire la vente d'alcools forts après avoir constaté une forte hausse des violences domestiques. Une mesure contestable et peu efficace, selon les addictologues.

Le préfet du Morbihan a pris la décision vendredi d’interdire la vente d’alcools forts dans son département pour lutter contre les violences intrafamiliales. Dans une vidéo YouTube, le représentant de l’État justifie la mesure par une augmentation de 30% des violences intrafamiliales “sur fond d’alcool” ces derniers jours.

L’arrêté préfectoral limite désormais la vente aux seuls bières, vins et cidres. Une différenciation qui ressemble à celle faite avec les stupéfiants, entre drogues douces et drogues dures, pourtant depuis longtemps remise en cause.

“Je ne sais pas comment interpréter cette mesure”, dit Laurent Karila, psychiatre spécialisé en addictologie à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif: “On a l’impression que le vin et la bière ne provoquent pas d’ivresse aiguë, de comportements violents ou ne sont pas à l’origine d’accidents de la route.”

Pour ce membre de la Fédération française d’addictologie, la mesure ne règle rien. “Il n’y a aucune preuve qu’une boisson plus alcoolisée soit davantage susceptible d’exacerber des comportements violents. Chaque cas est différent.”

La restriction décidée dans le Morbihan fait suite à la décision de même nature prise par le préfet de l’Aisne le 24 mars dernier. Il avait rapidement rétropédalé après avoir consulté des addictologues spécialisés sur la question.

“On ne peut pas imposer un sevrage aussi violent. Le confinement est une période de stress pour tout le monde, et c’est pareil pour les alcooliques ou toxicomanes. Ils l’ont difficilement vécu, surtout au début, poursuit Laurent Karila. L’annonce de tous ces morts, l’incertitude auraient plutôt poussé à une augmentation de la consommation d’alcool. Certaines personnes que j’ai en consultation et qui s’étaient soignées ont rechuté.” 

Faire d’un département un dry state, comme on les nommait du temps de la prohibition aux États-Unis, ne ferait que déplacer le problème. “Si vous interdisez les alcools forts, les gens vont s’acheter des cubis de vin ou passer à des bières fortement alcoolisées. Et cela va les pousser à prendre la voiture pour sortir du département, alors que la consigne est de rester chez soi.” 

Un certain nombre de pays ont restreint la vente d’alcool depuis le début du confinement. C’est le cas en Thaïlande, dans les Caraïbes de la Grenade et de la Barbade, en Colombie, au Zimbabwe et au Botswana. Mêmes restrictions en Afrique du Sud, l’un des pays le plus touchés par le phénomène des violences domestiques dans le monde.

Quant au Mexique, les autorités ont décidé de donner un tour de vis supplémentaire après la fermeture des bars et restaurants, puisque les Mexicains avaient vite pris l’habitude de se retrouver dans la rue pour boire entre amis. L’efficacité de la mesure est depuis bien aidée par la fermeture des principales brasseries du pays. C’est désormais la perspective d’une pénurie de bières qui affole les Mexicains.

Par Joachim Barbier