Interview

Jeanne Cherhal: “Il me faut ces longues plages vacantes”

Jeanne Cherhal était en pleine tournée pour son dernier album, L’An 40, lorsque le confinement a débuté. La chanteuse, qui disait notamment dans sa chanson Voilà “j’aime la solitude jusqu’à la tyrannie”, nous raconte cette solitude qu’elle chérit.

Votre rapport à la musique a-t-il changé avec le confinement? 

Je joue moins qu’avant mais ça fait quinze jours que je fais des concerts depuis chez moi, à chaque fois un album différent, du plus récent au plus ancien. C’est toute une mise en scène, je m’habille comme sur scène, je me maquille et je réussis à avoir le trac… Je suis une grande traqueuse, et là, je retrouve l’adrénaline. Il y a du public, comme dans une vraie salle.

Pour votre dernier album, vous vous êtes isolée une semaine par mois pour écrire et composer. Que s’est-il passé pendant ces moments de solitude?

Cette solitude est une sorte de recueillement, il se crée une totale disponibilité, je peux ne penser qu’à ma musique, sans horaires, sans contraintes. Il me faut ces longues plages vacantes. Ça fait très longtemps que je n’ai pas écrit de chansons chez moi, à Paris.

Il y a une forme de liberté dans la solitude? 

C’est un luxe absolu! Je m’en rends compte avec ma vie de famille et mon fils de 5 ans, parce que dans cette période de confinement, je n’ai plus ces moments de solitude. Juste avant, je vivais dans mon tour-bus et ça s’est stoppé net. C’était vertigineux.

Vous vous sentez seule, après les concerts? 

C’est une solitude que j’ai du mal à apprécier. Surtout sur les tournées piano/voix où, après les concerts, les trois techniciens qui travaillent avec moi sont affairés à démonter la scène et moi, je suis seule en loge. Parfois, je mange même seule. Alors souvent, je préfère aller traîner sur scène pour être avec mon équipe.

Quelle est la plus belle chanson sur la solitude?

Spontanément je pense à Dominique A et Le Twenty-two bar, où l’on imagine un bar bondé et deux solitudes qui ne se rencontrent pas. Il y a aussi Quelques mots d’amour, de Michel Berger. (elle chante au téléphone) “Parmi tous ces amis et ces gens qui ne veulent… que quelques mots d’amour”. C’est un sommet de la chanson.

Par Alexandra Colineau