Santé

L’accès à l’avortement, victime collatérale du confinement

En cette période de confinement, de surcharge dans les hôpitaux, et d'offensive des associations “pro-vie”, l'accès aux IVG est de plus en plus compliqué un peu partout dans le monde. Si la France n'est pas épargnée, la télémédecine reste possible.

“C’est simple, en période de crise, armée ou sanitaire, les droits des femmes passent toujours au second plan”, peste Véronique Sehier, co-président du Planning Familial. Difficile de lui donner tort. En temps de pandémie, le Covid-19 fait une nouvelle victime collatérale un peu partout dans le monde: l’accès à l’avortement. Aux États-Unis, plusieurs états du sud comme le Texas ou l’Alabama ont voulu suspendre tous les avortements, avant que plusieurs juges fédéraux ne leur rappellent la Constitution.

Au Burkina Faso, particulièrement touché par la pandémie, la fermeture des instances judiciaires bloque tous les IVG, uniquement autorisés en cas de viol ou d’inceste. Dans toute l’Afrique, on craint une recrudescence de la mortalité puisque les femmes “vont automatiquement se tourner vers des avortements jugés illégaux qui se font dans des conditions sanitaires insuffisantes”, note Marie Lussier de Médecins du Monde. “On compte environ 22 000 femmes par an qui meurent suite à ces procédures”, pose-t-elle.

En France, si le gouvernement s’est engagé à garantir ce service en faisant de l’IVG une pratique médicale urgente, le Planning Familial rapporte pourtant de nombreux rendez-vous annulés, des médecins indisponibles et une communication bien opaque. “On dit à tout le monde de “restez chez eux” alors les femmes ne savent plus si elles ont le droit d’aller se faire avorter. Elles ont peur également d’être contrôlées et de devoir se justifier. On sait que certaines ont eu des ennuis avec la police en allant seulement chercher un test de grossesse ou leur contraception à la pharmacie”, raconte Véronique Sehier. Depuis le début du confinement, le numéro vert du Planning Familial (le 0 800 08 11 11) a enregistré une hausse de 52% des appels.

Au bout du fil: des femmes qui se demandent comment faire pour respecter le délai légal de 12 semaines de grossesse, d’autres qui avaient prévu de se rendre à l’étranger et veulent savoir s’il est toujours possible de passer les frontières et encore beaucoup de mineures confinées qui ne savent plus comment interrompre leurs grossesses discrètement. Véronique Sehier voudrait que toutes sachent que “oui, l’IVG est un soin urgent, oui il est toujours autorisé et disponible même en confinement”. Le Planning Familial demande même un allongement de deux semaines du délai légal afin de permettre aux femmes l’accès à des procédures tardives.

Au Royaume-Uni, on a trouvé une solution: autoriser les IVG médicamenteuses à la maison. Après une téléconsultation, les anglaises et les irlandaises pourront désormais recevoir les médicaments par la poste jusqu’à dix semaines de grossesse. “En France, on veut conserver le choix entre IVG médicamenteuse ou chirurgicale, mais pour celles qui le souhaitent, on aimerait pouvoir faire comme en Angleterre, faire de la télémédecine et autoriser les pharmacies à délivrer ces médicaments”, reprend Véronique Sehier.

Mais d’abord, elle aimerait surtout que le Covid-19 ne rajoute pas à la stigmatisation de l’avortement: “c’est encore plus compliqué aujourd’hui car les femmes ont l’impression de lutter contre le virus, et qu’on leur dit ‘désolé on a autre chose à faire en ce moment’. Et aux groupes “pro-vie” qui en profitent pour semer la confusion en ligne, Véronique Sehier voudrait rappeler que le délit d’entrave à l’IVG a été élargi à Internet pas plus tard qu’en 2017.

Par Hélène Coutard