Ecologie

Les émissions de CO2 ont baissé pendant le confinement. Et après?

L’idée s’est vite répandue, en même temps que le chant des oiseaux revenait dans les villes et que les nuages de pollution se dissipaient un peu partout dans le monde: le confinement offrait un vrai répit à la Terre, question climat. Bilan des courses? Ce n'est pas si simple.

Les chiffres sont historiques. Le Haut Conseil pour le climat (HCC) estime qu’en France, les émissions de CO2 ont été réduites d’environ 30% (voir sa synthèse ici). En Europe, la baisse pourrait même atteindre près de 60% par jour, selon certains calculs. 

Et au niveau mondial, l’ONG Carbon Brief estime que la crise pourrait entraîner une chute de 5,5% des émissions sur l’ensemble de l’année 2020. Une évaluation que tend à confirmer l’Agence Internationale de l’Energie, qui a modélisé la semaine dernière l’impact du confinement sur la hausse de la concentration du CO2 dans l’atmosphère: verdict, en passant de +2.80 pmm à +2.48 ppm, on obtient une baisse de 8%.

S’ils se confirmaient, ces chiffres constitueraient la plus forte décroissance jamais enregistrée sur une année (le “record” appartenant à la période 1944-45, avec 845 millions de tonnes de CO2 en moins).

Une bonne nouvelle… qui n’en est peut-être pas tout à fait une, surtout si le déconfinement se fait synonyme de “retour à la normale”. “Ces réductions ne proviennent pas de changements énergétiques ou structurels, et seront donc vraisemblablement de courte durée”, prévient le HCC, en conclusion de son rapport.

De fait, les dernières grandes secousses mondiales, telles que la crise financière de 2008 ou les chocs pétroliers, se sont toujours distinguées par un “effet rebond”, à savoir un phénomène de rattrapage qui compense puis outrepasse les niveaux d’émission antérieurs à la crise.

Pire encore, sur la balance, le compte n’y est même pas tout à fait: pour contenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C, c’est à une baisse de 7,6% des émissions de CO2 par an d’ici 2030 qu’il faut parvenir. Même avec plus de la moitié de la population mondiale confinée, cet objectif serait donc difficilement atteint. 

Comment l’expliquer? “Cela montre que ce n’est pas simplement une histoire de choix personnels de consommation, ce sont aussi et d’abord des politiques industrielles et énergétiques à transformer radicalement, analyse Nicolas Haeringer, de l’ONG 350.org. Pisser sous la douche pour enrayer le changement climatique, c’est comme pisser dans un violon. Il faut s’attaquer aux causes systémiques.”

D’autant que certaines industries et régions parmi les plus pollueuses n’ont pas (ou peu) réduit leur volumes d’émission. “L’économie chinoise a déjà redémarré et les États-Unis sont loin d’être à l’arrêt. Or à eux deux, ces pays représentent 42% des émissions mondiales”, rappelle de son côté le chercheur François Gemenne.

La période aura néanmoins démontré qu’une baisse des émissions de CO2 est possible“Dans l’absolu, les 7,6% ne sont nullement inaccessibles, tente de rassurer Nicolas Haeringer. Ce qui manque, c’est la volonté politique”.

Par Barnabé Binctin