Start-up nation

Des livreurs livrés à eux-mêmes

Depuis le début du confinement, les rues des grandes villes se sont vidées. Sauf pour les livreurs (Deliveroo, Uber Eats) que l’on voit toujours passer sur leurs vélos. Ce qu’ils livrent ne répond pas forcément à la définition de “produits de première nécessité”, et pourtant ils ne se sont vu proposer aucune indemnité.

Lucas, 22 ans, avait l’habitude d’amasser une centaine d’euros en cinq heures de livraisons pour Deliveroo. Il doit désormais travailler quatre heures de plus pour réunir la même somme.

Deliveroo est passé en free shift, c’est-à-dire que tous les livreurs peuvent se connecter quand ils veulent au lieu de réserver en avance un créneau pour n’être pas trop nombreux sur le même, grommelle-t-il. Ils savent très bien que la majorité des livreurs sont contre le free shift, et ils choisissent de le mettre en place justement au moment où ne peut pas faire grève…”

Pas de grève en vue, donc. Et encore moins d’aides de l’État. Thomas, 23 ans, pense que les livreurs auraient dû bénéficier de la même prime que les caissier·e·s de supermarchés. “C’est l’État qui a autorisé les livraisons, mais nous, nous n’avons que très peu de reconnaissance de sa part ni de celle de la population”, note-t-il.

De son côté, Vincent, 30 ans, en a eu marre de livrer des produits assez éloignés de la définition de “première nécessité”, comme “de l’alcool, des bonbons, des gâteaux… En plus, Deliveroo a élargi la distance de livraison afin de couvrir plus de clients”.

Alors Vincent a décidé d’arrêter de travailler, et son récit fait peine à entendre. “Beaucoup de clients refusent de sortir de chez eux, alors il faut rentrer dans l’immeuble. Et entre les digicodes, les portes, les ascenseurs, les interrupteurs, c’est presque dix zones de contact par immeuble, pour quinze clients par jour. Les livreurs sont un fléau pour la population!” Pourtant, des mesures de sécurité ont bien été mises en place, mais elles ne sont pas toujours réalistes.

Thomas explique: “Les restaurateurs sont censés mettre les livraisons dans notre sac et nous devons demander au client de piocher direct dedans. Mais en pratique, tous les restaurants posent les commandes sur un comptoir et on se débrouille. Bon, je fais attention comme je peux, je prends la commande sur le côté et pas sur l’anse, je me lave les mains et j’indique au client comment prendre le sac pour éviter les contacts.”

Lucas, en attendant “de voir s’il développe des symptômes”, se contente des petits plaisirs de la vie: “Faire du vélo dans une ville vide, sans voitures qui nous klaxonnent, sans piétons qui marchent sur les pistes cyclables, c’est magnifique!”

Par Hélène Coutard