Interview

Michel Gondry: « Je me rends compte d’à quel point on est insensible à la douleur des autres »

Le réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind et L’Écume des jours vit son confinement à Los Angeles, où il réside. Il explique vivre ce moment comme une sorte de “réalité irréelle”.

Ça fait quoi, de ne pas vivre ce ‘moment’ en France?

Je n’éprouve pas vraiment de sentiment étrange, car j’ai passé beaucoup plus de temps à LA qu’à Paris ces dernières années. Avant le confinement, j’ai quand même pu aller voir ma tante Suzette, ma maman, ma fille et mes frères. Et Portrait de la jeune fille en feu avec ma copine, c’était super. Mais disons que le président ici n’est pas rassurant.

Comment se passe votre confinement ?

En fait, je vivais déjà assez confiné avant… J’ai horreur du sport, c’est un gros problème. Là, je fais un dessin animé pour ma fille, ce qui a été ma principale occupation depuis deux ans. Je repense à tous ces documentaires sur la Seconde Guerre mondiale, les soldats russes qui n’avaient que quinze secondes pour aller dehors aux toilettes à cause du froid, sinon ils mouraient, et je me rends compte d’à quel point on est insensible à la douleur des autres. Mais je ne suis vraiment pas à plaindre. Mes amis, ma famille me manquent, mais Internet est vraiment super pour ça. Cela dit, à chaque instant, je pense que je vais me réveiller de ce cauchemar. Le réveil est difficile. On retrouve une réalité irréelle.

Vous avez des recommandations de livres, de films, de séries, de podcasts pour la période de quarantaine? 

Je conseillerais la série Portlandia ou le Larry Sanders ShowMenteur, menteur de Tom Shadyac et La Brouille des deux Ivan par Nicolas Gogol.

Quand la crise sera passée, comment pensez-vous que le monde changera?

J’aimerais dire qu’il sera plus généreux, mais c’est peut-être le contraire qui se produira. Tout le monde devrait être testé, mais il n’y a que les riches et les célébrités qui le peuvent. Quand tout cela sera fini, je crois que je regarderai passer les gens par la fenêtre.

Par Arthur Cerf