Le surfeur solitaire | Society
Portrait

Le surfeur solitaire

Hugo Vau, modeste pêcheur de profession, l'affirme sans détour: il a surfé la plus grosse vague de l'histoire. C'était en 2018, pas loin de chez lui, au Portugal, sur le cultissime site de Nazaré, devant témoins. Une belle histoire avec un gros problème: sept ans plus tard, les autorités internationales du surf refusent toujours d'homologuer son record.
  • Par Ianis Periac, à Burgau (Portugal) - Photos: Daniel Espírito Santo
  • 23 min.
  • Portrait
Une grande vague en noir et blanc, capturée au moment où elle se brise, avec des détails texturés sur l'eau et une crête mousseuse.

Dans sa petite tasse, le café cheio tremble et déborde à chaque secousse. Il faut dire que la Jeep qui vient de se garer devant lui est énorme. Il faut dire aussi que la table sur laquelle est D posée la petite tasse est bancale. C’est un troquet du sud du Portugal comme il y en a des centaines. Sous les vitrines du comptoir, des pâtisseries trop grasses attendent depuis des siècles et derrière elles, Dona Isabel se tient prête à servir les bagaços du matin. Le moteur de la Jeep s’éteint, son conducteur descend de la voiture. Pieds nus, il fait le tour du véhicule, ça lui prend de longues secondes, assez pour que l’on puisse compter les trous de son t-shirt -sept- et toutes les rides que la vie lui a laissées -douze, à la louche, mais elles ne sont pas toutes tristes. Et puis il s’assied. Il a des choses à raconter.

Cela fait trois ans déjà que Hugo Vau traîne par ici. Dans une autre vie, il était surfeur de vagues géantes. “Mais c’est fini tout ça et c’est mieux comme ça, c’est mieux comme ça…” Il le répète encore une troisième fois, en posant sa main gauche sur sa main droite, comme pour lui dire de se calmer -elle commençait à s’agiter. “C’est mieux comme ça”, donc. Hugo Vau a 47 ans, une femme qu’il aime et un enfant de 3 ans. Il n’a plus l’âge de passer sa vie à chasser les monstres des océans. À Burgau, un petit village du sud-ouest de l’Algarve, il a trouvé ce qu’il cherchait: une école alternative pour son fils, des touristes attirés par la promesse du soleil et de vagues surfables toute l’année -et à qui il vend des voyages organisés aux Açores, où il vit la majeure partie du temps–, un peu de douceur de vivre et enfin, la présence réconfortante de son ami de toujours, son frère de cœur, Alex Botelho.

Society #263

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