Question

Pourquoi la foule aux balcons chante-t-elle juste, et en rythme?

Mais c'est vrai: comment est-ce possible?

Qu’elles soient truquées avec des enregistrements de concert ou non, les vidéos de confiné·e·s chantant aux balcons ont pointé une évidence vérifiable hors période de pandémie: la foule sonne invariablement juste et en rythme. Comment est-ce possible? Le mathématicien Steven Strogatz, qui s’était déjà intéressé à la synchronisation des sentiments amoureux, s’est récemment penché sur la question lors d’une conférence TED.

Pour lui, il s’agit d’un phénomène comparable aux mouvements des bancs de poissons et à la synchronisation des clignotements de lucioles: “Dans un premier temps, les individus ne sont conscients que de leurs voisins les plus proches. Ensuite, tous les individus ont tendance à s’aligner et à s’ajuster. Et enfin, ils sont tous attirés les uns par les autres.”

Une interprétation incomplète, selon le mathématicien Lucas Lacasa. Selon lui, même en partant du principe qu’il peut y avoir une majorité de piètres chanteur·se·s dans un groupe de voisin·e·s, si de nombreuses voix se mettent à chanter à l’unisson, elles produisent une sorte d’“onde sonore” collective, que l’on appelle “sonorité perçue”.

Traduction: au niveau “physique”, ces voix ne font plus qu’une. Ainsi, le cerveau de l’auditeur·rice n’entendra pas les voix d’individus mais une voix unique, et aura l’impression que l’onde collective sonne juste. Une illusion acoustique, alors? “Oui et non. Ce n’est pas une illusion dans le sens où tout ça, c’est de la physique. La note est là, même si elle est liée à une fréquence ‘fantôme’.” Tendez l’oreille, donc. Surtout si vous vivez côté cour.

Par Arthur Cerf