Interview

Protection civile: “Se rendre utiles dans ce genre de moments”

Forte de 32 000 bénévoles, la Fédération nationale de protection civile, association de secouristes reconnue d’utilité publique, est sur tous les fronts depuis l’arrivée de l’épidémie. Problème: ses activités rémunératrices habituelles étant en sommeil, elle risque d’être bientôt à court d’argent. François Richez, son président, fait le point.

Quelle est la différence entre les activités de la Protection civile en temps de pandémie et ses activités habituelles?

En situation normale, la Protection civile a trois missions: secourir, former et aider. Secourir dans le cadre de dispositifs à l’occasion d’événements, d’une course à pied avec 500 personnes jusqu’au carnaval de Nice ou aux Vieilles Charrues.

Former aux gestes de premier secours dans les écoles ou le secteur professionnel. Et aider grâce à des actions solidaires et sociales, comme des maraudes en hiver. Depuis le 1er mars, il n’y a plus que la dernière mission.

Et quelle forme prend-elle?

Nous avons 5 000 bénévoles sur le terrain et 10 000 “télé-bénévoles”. Ces derniers reprennent les listings de personnes fragiles utilisés pendant les canicules et leur téléphonent pour prendre des nouvelles et garder le lien social.

Les autres soutiennent le Samu pour prendre en charge des patients, sont dans les Ehpad pour prendre la température des personnes qui doivent y entrer et soutenir le personnel, ou encore participent à l’opération Chardon, les fameux TGV médicalisés.

Nous étions déjà présents sur le dispositif quand il a été testé en mai 2019, mais à l’époque nous pensions plutôt qu’il serait utilisé en cas de tuerie de masse. Et nous continuons aussi les maraudes sociales auprès des SDF et des migrants.

Il est plus difficile de trouver des volontaires en ce moment?

Au contraire, nous avons eu 5 000 nouvelles recrues. C’est justement pour se rendre utiles dans ce genre de moments que les bénévoles font partie de la Protection civile. En revanche, nous avons un problème de frais de fonctionnement.

Notre budget annuel est d’environ 30 millions d’euros, dont 85 ou 90% proviennent de la formation et des événements sur lesquels nous montons des postes de secours. Nous n’avons donc plus aucune rentrée d’argent de ce côté-là. Or il faut encore mettre de l’essence dans la voiture des bénévoles.

Même si ce n’est pas trop dans nos habitudes, nous avons fait un appel aux dons. Nous avons aussi interpellé le gouvernement à ce sujet, mais le ministère de l’Intérieur, qui est habituellement notre ministère de tutelle, et le ministère de la Santé n’arrêtent pas de se renvoyer la balle. S’ils ne font rien, nous n’aurons plus d’autre choix que d’arrêter nos activités.

Par Thomas Pitrel