Que font les députés pendant le confinement?

Les bancs de l’Assemblée ont beau s’être vidés et les séances suspendues, les députés confinés n’en continuent pas moins de s’activer pendant la crise. Il se pourrait même, qu’entre deux séances de yoga ou en pyjama, ils aient encore plus de boulot… Explications.

Clémentine Autain est l’une des rares députées à avoir pu assister à l’une des sessions de Questions au Gouvernement du mardi, principale activité maintenue à l’Assemblée Nationale. “Le plus impressionnant, c’est la salle des 4 colonnes, complètement vide: il n’y avait que BFM TV, personne d’autre…” décrit l’élue Insoumise. Autant dire qu’on est loin des joutes traditionnelles, puisque seuls quelques ministres se rendent dans l’hémicycle déserté pour répondre aux interpellations transmises par les deux orateurs de chaque groupe parlementaire.

Pour les autres, les échanges passent désormais principalement via les applis de visioconférence. Et la fonction tribunitienne du député en prend forcément un coup au passage. “C’est vrai que les grands discours derrière un écran d’ordi, ça passe moins bien…” admet Hervé Berville, député LREM des Côtes-d’Armor.

Côté agenda, même si les députés ont voté l’état d’urgence sanitaire le 22 mars qui permet notamment au gouvernement de légiférer par ordonnance, Matthieu Orphelin soutient que “pas de chômage partiel pour nous”. L’élu sans étiquette (ex-LREM) du Maine-et-Loire est devant son bureau tous les matins dès 8h. Au menu: réunion des groupes politiques, échanges quasi-quotidiens avec les préfets pour suivre la situation dans leurs départements, ou soutien aux entreprises locales.

Matthieu Orphelin, lui, pond des notes sur la sortie de crise qu’il adresse directement à Emmanuel Macron et Edouard Philippe. “Le Parlement continue d’exercer ses fonctions essentielles, y compris celle de contrôle de l’action du Gouvernement” fait valoir Hervé Berville, membre de la commission des affaires étrangères. A ce titre, il a par exemple supervisé les opérations de rapatriement ces dernières semaines. “Plus de 140 000 citoyens français rapatriés en 2 semaines, c’est gigantesque: aucun autre pays n’a fait ça!” s’extasie-t-il.

Reste que le télé-travail forcé induit forcément quelques changements notables, au quotidien. “Là, j’ai une réunion de la commission des lois, mais j’suis resté au lit!” assume un collaborateur de groupe resté anonyme. Finis les bains de foule, l’heure est désormais au téléphone.

Hervé Berville dit y passer des heures, chaque jour: “c’est normal, notre permanence est fermée alors même que les gens sont très angoissés par cette période de crise. On a presque une fonction thérapeutique, parfois…” Comme si la suspension des débats législatifs offrait davantage de temps pour accompagner les enjeux et les acteurs de la circonscription… Moins de lois, plus de liens.

Mais qui dit confinement, dit aussi nouvelles habitudes. Et là non plus, les députés n’échappent pas à la règle commune: yoga pour Clémentine Autain, méditation pour Matthieu Orphelin. “Une meilleure hygiène de lecture” vante de son côté Hervé Berville, qui se lève à 6h pour s’offrir 1h30 de revues internationales ou quelques chapitres des mémoires de Georges Pompidou.

Cela dit, le député tout juste trentenaire n’est pas dupe, cela reste un petit plaisir par défaut. Le confinement lui pèse, à force. “Le contact humain me manque. Aller à la rencontre des gens, parcourir le territoire, découvrir d’autres réalités… C’est moins agréable par téléphone. Au fond, il y a quand même quelque chose d’un peu charnel dans notre fonction.”

Par Barnabé Binctin