Interview

Rone: “Avec l’isolement vient l’introspection, qui est un ingrédient nécessaire à la création”

Alors que son album Room With a View est sorti vendredi, en plein confinement, l'artiste et producteur électro Rone évoque son rapport à l’isolement.

Dans ton tout premier morceau, Bora Vocal (2008), on entend l’écrivain Alain Damasio parler de l’isolement alors qu’il est en train d’écrire La Horde du Contrevent. Aujourd’hui, tu composes tous tes albums coupé du monde. Pourquoi la solitude est-elle aussi importante pour toi?

J’ai rencontré Alain car j’avais pour projet d’adapter son premier roman au cinéma. Sur Bora Vocal, on entend l’enregistrement du journal intime qu’il tenait pendant l’écriture de son second roman. Alain est un gros nounours plein de miel, mais pour écrire, il a besoin de se couper du monde et part dans une cabane dans le maquis corse.

Sa méthode m’avait frappé à l’époque, et j’en ai finalement fait ma recette. Avec l’isolement vient l’introspection, qui est un ingrédient nécessaire à la création, pour ma part. J’ai besoin de m’éloigner de mes copains, de ma famille, de ma ville. Ça peut durer deux semaines ou six mois, mais il faut que je sois seul face à moi-même et obligé d’aller creuser des choses en moi. Et éventuellement, de m’emmerder, aussi.

Pour Room With a View, tu as notamment composé dans la maison de George Sand, dans le Berry…

La maison de George Sand est un lieu plein de fantômes. Dans la journée, il y a des visites, mais à partir de 17h, je pouvais être seul. George Sand est enterrée dans son jardin, avec quelques membres de sa famille. J’avais l’impression d’être transporté dans Shining, mais j’adorais m’y balader. Ce qui me fascinait, c’est que Chopin a fait deux tiers de son œuvre chez George Sand, parce qu’il n’arrivait pas à travailler à Paris.

Est-ce que tu arrives à être productif pendant ce confinement imposé?

Absolument pas! Ça me fait sourire maintenant, mais à un moment ça m’a presque énervé, je vivais assez mal le fait de voir partout “c’est le moment de lire toute l’œuvre de tel auteur”. Je suis confiné avec mes enfants et je pense que je n’ai pas lu une seule page. Mais j’essaye de voir le positif: je profite à fond de mes enfants, que je rate parfois un peu, honnêtement, quand je suis en tournée.

Par Manon Michel