Interview

Sébastien Tellier: “Je suis en mode parano 2000”

Le chanteur de La Ritournelle et de L’Amour et la violence devait sortir le 24 avril un nouvel album, Domesticated, consacré à l’univers des tâches domestiques et pour l'instant repoussé. Petite discussion avec un homme inquiet, alors que son ami Christophe, avec qui il a souvent travaillé, est en plein combat contre la maladie.

Comment il se passe, ce confinement, Sébastien?

Jusqu’ici je le vivais très bien, c’était iPad, mousse au chocolat et piano. Et puis c’est devenu l’angoisse quand j’ai su que Christophe était en réanimation. C’était le paradis et, d’un seul coup, c’est l’enfer. Ça ne m’atteignait pas et c’est devenu réel. Dans mon univers de bobo, il n’y a pas de premiers de cordée, tout le monde est confiné dans une maison de campagne avec vue sur la mer.

Toi, tu as donc décidé de rester dans ta maison du XVIIIe arrondissement parisien?

Oui, je préfère périr dans mon petit royaume et mon confort que dans une maison de campagne où on ne sait pas si la chaudière va lâcher, où il n’y a pas exactement la baguette que j’aime (il rit).

Tes habitudes ont quand même dû changer, non?

J’ai l’impression que c’est la vie que je mène d’habitude, je suis dans mon studio au grenier et je joue du piano pieds nus dans le salon. Simplement, il n’y a pas ce qui fait le piquant de la vie: les verres, les restaus. Il n’y a que la vie normale sans les récompenses, c’est pénible. Cela dit, tous les livres de psychologie que je lis disent qu’il est important de s’ennuyer. Moi, j’ai appris à faire de la sauce au vin et j’ai téléchargé une appli pour faire des petites affiches. Dans cet océan de douleurs, il y a ça.

Tu sors de chez toi?

Je suis sorti une seule fois pour aller chercher de l’argent, et j’avais l’impression d’être dans un film de science-fiction, mais cheap, terne. Sinon, je me fais livrer mes courses et c’est un processus incroyable: je désinfecte tout au vinaigre blanc, je me lave les mains entre chaque article touché. Je suis en mode parano 2000. Si je chope la maladie et que je ne peux plus chanter, c’est une catastrophe. Jusqu’à ce que j’aie des enfants, j’étais complètement hypocondriaque, j’allais chez le médecin une fois par semaine, comme si j’allais chez le psy ou au spa…

Tu leur fais l’école, à tes enfants?

Bien sûr. Même si j’ai fait un énorme rejet de l’école, ma mère était directrice d’école privée, donc en moi coule le sang de la pédagogie. On dessine des lapins, on colorie des carrés. Ma fille est au jardin d’enfants, mais mon fils est au CP donc il a des devoirs. C’est super parce qu’on est toujours collés. C’est comme une sorte de long câlin.

Par Thomas Pitrel