Interview

Un ancien proche de Trump dézingue sa gestion de la crise

Anthony Scaramucci aura droit à sa note de bas de page dans l'histoire de la Maison-Blanche: ancien porte-parole et directeur de la communication du président Trump, il n'aura tenu que cinq jours en poste. Soit un record. Revenu à Wall Street pour gérer son fonds d'investissement, il allume désormais son ancien patron.

La façon dont Donald Trump, votre ancien patron, a géré la crise est très critiquée. Qu’en pensez-vous?

Tout ça, qu’il s’agisse des malades ou des morts, c’est la faute de Trump. C’est la conséquence directe de son manque de curiosité intellectuelle et de son incapacité à gérer l’urgence. C’est un désastre. Pour le dire franchement, le bureau de la présidence des États-Unis est occupé par une personne complètement dingue.

Ce que je ne comprends pas, c’est que la très grande majorité des élus républicains aujourd’hui acceptent sans broncher l’attitude de Donald Trump, ou ne la dénoncent pas. Moi, j’ai beau être un électeur républicain depuis toujours, je suis surtout un être humain qui agit avec raison, un patriote qui aime l’Amérique et un citoyen pragmatique qui aime le monde dans sa globalité. Et de ce point de vue, je ne peux pas me voiler à la face à propos de qui est Donald Trump.

Surtout qu’il gère toute la communication de crise…

Le porte-parole de la Maison-Blanche et son adjoint n’ont plus le droit de tenir des conférences de presse. Trump est son propre directeur de la communication. Il veut toute l’attention du monde. C’est le propre des gens qui n’ont pas confiance en eux. S’il dit toutes ces absurdités, c’est pour s’assurer que les gens ne fassent que parler de lui. Donald Trump passe son temps à manipuler la vérité pour son bénéfice personnel. Mais on ne peut pas manipuler la science, on ne peut dire que deux et deux font sept en conférence de presse. Si l’on considère les taux d’infection et de mortalité par habitant, nous sommes le pays qui a certainement le moins bien géré le virus. Comme si les États-Unis étaient un pays du tiers-monde.

Vous dites pourtant qu’il sera très difficile de le battre lors de l’élection présidentielle du mois de novembre…

Ce n’est pas parce que Trump est en position de faiblesse aujourd’hui qu’il perdra au mois de novembre. D’abord parce que l’Amérique a pris l’habitude au cours de l’histoire de donner le bénéfice du doute au président sortant. Et puis il ne faut pas oublier non plus que Trump est le roi du marketing. À partir d’aujourd’hui, il va passer son temps à expliquer que la crise et la récession qui en a découlée ne sont pas de sa faute, qu’il est le mieux placer pour faire repartir l’économie.

Enfin, qui sait ce qui va se passer dans les six prochains mois? En temps ‘trumpien’, six mois équivalent à six ans, ou plus encore. Donald Trump peut très bien sortir vainqueur de cette crise, et finir par s’imposer en une sorte de héros de guerre grâce à quelques bonnes décisions.

Je ne voterai pas pour lui à la prochaine élection. Je soutiens le candidat démocrate, Joe Biden, et je serai sur le terrain pour l’aider. Trump est trop dangereux. Il ferait trop de mal à notre économie et à notre moral s’il restait en place.

Comment vivez-vous à l’heure du confinement? Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous, depuis New York?

Je bosse presque quinze heures par jour dans le bureau de ma maison. Je passe mes journées suspendu au téléphone de la maison ou bien sur Zoom. Les performances du fonds d’investissement que j’ai lancé sont en berne: nous avons perdu 25% de nos investissements ces dernières semaines. J’étais censé inviter ma femme à Paris pour un voyage en amoureux au mois de mai, et il a fallu tout annuler à la dernière minute. J’avais réservé une chambre à l’hôtel Peninsula, nous devions dîner au restaurant de la tour Eiffel, et aussi à cette table dont tout le monde parle, Chez l’ami Louis.

Une bonne nouvelle, aussi: avant le confinement, je mangeais comme un gros Italien et, aujourd’hui, disons que je mange comme une jolie Française! Je suis coincé à la maison, alors je fais attention!

Par Raphaël Malkin