Santé

Vos règles sont déréglées? C’est tout à fait normal

Depuis quelques jours, fleurissent sur les réseaux sociaux des témoignages de filles et de femmes qui constatent que leurs règles sont décalées et se demandent si ça ne serait pas dû à l’ambiance confinée du moment.

Sur Twitter, par exemple, @ravenkoalaw “essaie de ne pas paniquer” à cause de ses “trois jours de retard”, ce à quoi @halfbloodsmile répond “dis toi que j’ai eu mes règles 20 jours en avance avec le stress du confinement. je pense que ça nous dérègle toustes!”.

Elles ne sont pas les seules. L’autrice Pénélope Bagieu ou encore les documentaristes Léa Bordier et Ovidie rapportent des dérèglements similaires.

Alors, qu’est-ce qui se passe? Une crise mondiale peut-elle chambouler les menstruations? Virginie Girod, historienne spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité, donne une piste d’explication: “Les périodes de crise, où les femmes ne ‘doivent pas’ tomber enceintes parce qu’il y a trop de périls à avoir une grossesse à ce moment-là, peuvent repousser les règles, parfois de très longtemps.”

Par exemple, “on sait que chez les populations nomades, comme les Touaregs, il n’y a pas de grossesses quand elles sont en déplacement.” Avant de préciser: “Attention, je ne dis pas que la volonté a valeur de contraception! Mais la psyché étant très puissante, il y a certainement une forme d’adaptation.”

En tout cas, Danièle Flaumenbaum, gynécologue de la faculté de médecine de Paris et autrice de Femme désirée, femme désirante, l’assure: cette situation est toute à fait normale.

Elle rappelle que les règles sont contrôlées par le cerveau, où l’hypothalamus commande à l’hypophyse de sécréter des hormones qui ont un impact sur les ovaires. Puis évoque un effet de “sidération électromagnétique, comme un éclair qui tombe sur l’hypophyse”, et qui peut donc soit déclencher les règles, soit les retarder, mais aussi les bloquer quelque temps, ou à l’inverse provoquer des saignements plus importants.

Et pour les concernées qui pourtant ne se sentent pas particulièrement stressées par la situation?

“On peut avoir l’impression qu’on n’a pas peur, mais on est quand même fortement bouleversée –c’est difficile de ne pas l’être, assure la gynécologue. Et alors les troubles des règles vont venir témoigner qu’on est plus émue qu’on ne le pense.”

Virginie Girod et Danièle Flaumenbaum tiennent quand même à préciser une chose: même si les cycles se rallongent, l’ovulation reste présente et la possibilité de tomber enceinte n’est pas écartée.

Quant aux MST, “elles ne prennent pas de repos”, rappelle l’historienne, qui encourage à ne pas négliger la contraception: “Aller acheter des préservatifs –parce que ça, on en trouve– et continuer à se procurer sa pilule –parce qu’elles sont délivrées même sur vieille ordonnance. Ne pas se relâcher là-dessus, parce que peut-être que le tribut sera lourd à payer derrière.”

Et que question tributs, en 2020, on a eu ce qu’il fallait, merci.

Par Noémie Pennacino