Analyse

Vous aussi, vous faites des rêves étranges en ce moment?

Si ça vous arrive, sachez que vous êtes très loin d'être seul·e. Et que c'est parfaitement normal.

Depuis quelques jours, sur les timelines des réseaux sociaux, de nombreux témoignages racontent des rêves plus étranges ou confus que d’habitude depuis le début du confinement.

Certain·e·s intègrent même les attestations de sortie obligatoires dans leurs propres songes tandis qu’à l’inverse, d’autres semblent plutôt faire des cauchemars dans lesquels ils/elles sortent sans leur fameux Graal.

Alors, phénomène réel ou simple impression?

Ça ne m’étonne pas du tout”, confie Tristan-Frédéric Moir, psychanalyste spécialiste du langage des rêves, auteur du Nouveau Dictionnaire des rêves.

“Il y a deux facteurs qui font qu’on rêve de manière plus étrange ou alors qu’on le remarque plus que d’habitude: le climat anxiogène, qui réveille des angoisses –en lien ou pas avec le confinement– jusque-là latentes, et le fait que les gens ont un peu plus de temps pour eux. Ils ont ainsi plus le réflexe de s’attarder sur leurs rêves et d’y prêter attention au réveil.” 

Justement, en se réveillant jeudi, Ana, 27 ans, ouvre les yeux avec les souvenirs d’un rêve assez peu banal. “C’était le lendemain de l’annonce de l’opération Résilience par Emmanuel Macron, et je crois que j’ai pris les choses un peu à cœur”, se souvient-elle.

Dans son scénario digne d’un film de Michael Bay, la jeune femme est devenue cheffe gradée à l’hôpital militaire de Mulhouse… habillée d’un kilt.

“Il y avait des malades partout, des tentes, des lits de camp, des gens qui arrivaient en hélicoptère, et je donnais des ordres en kilt à toute allure. Voilà. Bon, en vrai ça ne m’a pas vraiment donné envie de me mobiliser.”

La période actuelle mettrait ainsi l’inconscient face à ses peurs refoulées, comme cela a déjà pu arriver à d’autres moments clés de l’histoire: “On a remarqué par le passé que pendant les périodes de guerre, le climat ambiant s’intégrait aussi dans les rêves des gens. Le psychisme intègre ce qui se passe à l’extérieur la nuit pour essayer de mieux l’appréhender le jour”, informe Tristan-Frédéric Moir.

Le rêve, un meilleur moyen d’accepter le confinement? “Personne n’était préparé à ce qu’il se passe en ce moment, on a donc besoin de mettre à jour notre fichier interne, et c’est pendant le temps du rêve que cette information rentre. À force de rêver de ce qui se passe, on peut banaliser un peu le confinement et mieux le vivre. C’est le principe de la gestion des émotions, une des fonctions importantes du rêve.” Tout va bien, donc.

Brice Bossavie