Sexo

Vous n’avez plus de libido? Là encore, vous n’êtes pas seuls

Christophe Barbier, dès l'annonce du confinement, prédisait doctement une hausse des naissances neuf mois plus tard. Même IKEA s'y voyait déjà. Mais si le temps passé à la maison nous offre plein d’occasions de se retrouver au lit, il semblerait que le confinement ait plutôt tendance à provoquer une baisse de la libido.
Photo: Jenya Kushnir

Vincent et son compagnon ont de la chance: chez eux, ils ont une chambre d’amis. Du coup, ils dorment, de temps en temps, chacun dans un lit différent. Une stratégie comme une autre pour ces deux Nantais qui essayent de retrouver un peu d’envie et de joie de vivre. “Et c’est vrai qu’on est de meilleure humeur au réveil.” 

Le reste du temps, ils ont “tendance à vouloir se créer chacun sa petite bulle et donc à avoir moins envie d’être ensemble”. De son côté, Simon, de Grenoble, y va cash: “Je fais le mort dans mon lit en me répétant: ‘Pourvu qu’elle ne tente rien, pitié!’” 

Le constat est là: on ne peut que noter une grosse baisse dans la fréquence des rapports sexuels chez Vincent, chez Simon, mais aussi un peu partout en France, alors même que beaucoup anticipaient un baby-boom pour la fin d’année, dont le mastodonte IKEA, qui s’est réorganisé en fonction.

Rien de plus normal, selon Sébastien Garnero, psychologue et sexologue installé à Paris. “On traverse une période anxiogène, source de stress, qui peut désactiver la libido.” Le confinement qui impose de vivre ensemble 24 heures sur 24 empêche également “de créer des espaces de manque qui sont importants pour le désir”.

Autre raison: le dérèglement de notre horloge biologique interne. “Trois quarts des Français souffrent de troubles du sommeil, poursuit le psychologue. On est aussi moins exposés à la lumière ambiante, ce sont là encore des facteurs qui affectent la libido.” 

Cette baisse du désir pourrait être une forme de révélateur dans certains cas, la promiscuité agissant comme “un amplificateur de tensions sous-jacentes, comme on l’a vu en Chine avec l’augmentation des séparations et des divorces”.

Afin de lutter contre cette mise en sommeil, Sébastien Garnero propose des stratégies. “Pour les couples avec enfants, il faut conserver des lieux d’intimité, comme la chambre à coucher. Se créer aussi des espaces individuels de rencontre intellectuelle à deux autour des livres, de l’art, du cinéma, voire pratiquer le massage.”

De son côté, Vincent pense déjà à l’après. “À la fin du confinement, je vais partir seul une semaine en vacances dans ma famille en Bretagne pour avoir le plaisir de retrouver mon compagnon ensuite.”

Par Joachim Barbier