CINEMA

Des bruits et des dinos

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Alors que Jurassic World, la nouvelle mouture de Jurassic Park, vient de réaliser la meilleure sortie mondiale de tous les temps, le festival Cinema Paradiso débute demain. Dix jours de films cultes et de soirées clubbing. L’occasion pour MK2 de rendre un hommage en grande pompe au classique de Spielberg : mercredi, à 21h50, les rugissements des dinosaures résonneront sous la nef du Grand Palais. Des bruits qui ont valu les Oscars du meilleur son et du meilleur mixage sonore à Gary Rydstrom. Et pour cause, il a fallu faire preuve d’imagination pour les faire gronder, les dinos.
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On est au début des années 90. Steven Spielberg passe une commande à Gary Rydstrom : pour son futur blockbuster, le réal’ a besoin d’une dizaine de bruits de dinosaures. “Quand j’ai vu l’offre pour la première fois, ça m’a fait peur, il y avait tellement de dinosaures sur cette liste ! assurait le sound designer à Vulture en 2013, à l’occasion des 20 ans de la sortie du film. Mais pour un designer sonore, il n’y avait pas meilleur terrain de jeu que Jurassic Park. Rydstrom relève le défi et passe les mois suivants à enregistrer différents animaux. Deuxième étape : mixer et modifier les sons, histoire d’obtenir des bruits à la fois fascinants et effrayants, connus et inconnus, surréalistes et organiques. Quiconque a grandi dans les années Club Dorothée se souvient de la scène d’évasion du T-Rex. Le verre d’eau qui tremble, la pluie qui bat sur le pare-brise de la Ford Explorer jaune et vert, les barrières qui s’ouvrent en grinçant. Puis, le tyrannosaure qui apparaît et pousse un rugissement déchirant.

Jurassic Bark

La doublure de la plupart des sons émis par le géant du Crétacé ? Buster, le Jack Russell de Gary Rydstrom. “La manière dont ils animaient le T-Rex faisait penser à un chien, surtout quand il attrape le Galliminus et l’avocat, explique Rydstrom en 2013. Chaque jour, je voyais mon chien en train de jouer, il faisait la même chose avec un jouet en corde, il faisait comme s’il tuait sa proie.”  Buster n’en est alors pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà mis à contribution son animal de compagnie sur Terminator 2. Une manip’ inspirée par Ben Burtt, sound designer de Star Wars, qui avait ralenti les bruits produits par un chihuahua pour donner vie au Rancor de Jabba le Hutt dans le Retour du Jedi. Le secret ? Faire durer. “Une des choses amusantes dans la conception sonore est de prendre un son et de le ralentir. Il devient beaucoup plus grand”, livre le pro du dino. L’élément clé pour le rugissement du T-Rex, ça n’est pas un éléphant mais un éléphanteau. Prendre un bruit faible émis par un petit animal et le ralentir est plus intéressant que de prendre un bruit puissant.”

Le “chant” du brachiosaure

Le T-Rex n’est pas le premier dino à apparaître dans le film. Autre scène culte : le docteur Alan Grant est dans la voiture, tourne la tête vers la gauche, enlève son chapeau et retire ses lunettes de soleil, la main tremblante. Contre-champ : le grand brachiosaure mâche une branche et pousse son cri sur la musique de John Williams. “Le chant du brachiosaure est un de mes sons préférés dans le film,  explique Gary Rydstrom, toujours à Vulture. Il est fait grâce à… un âne. Il y a un changement de hauteur dans le hennissement d’un âne ; en le ralentissant, vous obtenez un mugissement chantant.” Plus tard dans le film, quand la même bête éternue, le bon Gary a opté pour le souffle d’une baleine mixé au bruit d’une bouche d’incendie qui explose. Il fallait y penser.

Les vélociraptors

“Si les gens avaient su comment ont été faits les bruits des dinosaures de Jurassic Park, le film aurait été classé R (déconseillé aux moins de 17 ans, ndlr).” Pourquoi donc ? Pour communiquer entre eux, les vélociraptors s’aboient dessus, un bruit produit à partir de l’enregistrement de deux tortues en pleins ébats à Marine World. Mais le reptile n’est pas le seul animal mobilisé pour faire entendre les dinosaures les plus bruyants du film. Pêle-mêle, une oie, un cheval, une grue ont été mis à contribution pour produire le sifflement du raptor. Le designer sonore confie également que son ami Dietrich a participé. Scène de la cuisine, gros plan sur un raptor prêt à attaquer Lex Murphy. Le son, c’est lui, Dietrich.

Le dilophosaurus

Un dino qui crache du venin sur Dennis Nedry, le gros programmateur informatique incarné par Wayne Knight, ça vous parle ? Le rugissement du dilophosaurus a été produit grâce à un cygne, un faucon et un crotale.

Le tricératops

Des vaches ont permis de faire le tricératops. La respiration de l’animal lorsqu’il est malade est réalisée par… Rydstrom lui-même ! Pour l’imiter, il suffit de respirer dans un tube en carton : un son profond et bizarre rappellera celui du dinosaure.

Autant de sons qui ne sont ni plus ni moins que des spéculations, les découvertes paléontologiques ne permettant pas encore de remonter aux origines des bruits des dinosaures.

Pour redécouvrir le travail de Gary Rydstrom et participer aux soirées Cinéma Paradiso : www.mk2cinemaparadiso.com

Par Arthur Cerf, Léa Lestage et Agate Loze